La publication de millions de documents judiciaires américains en janvier 2026 a déclenché une cascade de scandales touchant les élites mondiales. Aux Émirats arabes unis, c’est le géant de la logistique DP World qui se trouve projeté au cœur de la tourmente. Son président-directeur général depuis près de deux décennies, Sultan Ahmed bin Sulayem, doit abandonner son poste suite à des révélations le liant au criminel sexuel condamné Jeffrey Epstein. Cette affaire révèle des échanges prolongés entre les deux hommes, bien après la condamnation d’Epstein en 2008, fragilisant la stature de l’une des figures incontournables du capitalisme émirati et déstabilisant une entreprise stratégique pour l’économie des Émirats.
La machine de révélations qui ébranle les puissants
Depuis fin janvier 2026, le département américain de la Justice a mis en libre accès environ trois millions de pages concernant le réseau du financier disparu. Ces documents lèvent le voile sur des associations apparemment insoupçonnées entre des personnalités internationales et Epstein. En Scandinavie, des ministres et membres de familles royales se retrouvent interrogés. En France, plusieurs anciens responsables gouvernementaux et institutionnels ont dû clarifier leurs liens antérieurs. Au Royaume-Uni, des cadres dirigeants du secteur financier ont démissionné. Les révélations systématiques de correspondances privées créent une pression sur quiconque aura côtoyé le new-yorkais, transformant le scandale en mécanique de nettoyage à l’échelle planétaire.
Le groupe émirati a annoncé cette semaine une réorganisation d’envergure à sa tête. Essa Kazim a été nommé président, tandis que Yuvraj Narayan occupe désormais le poste de directeur général. Sultan Ahmed bin Sulayem, 71 ans, qui pilotait DP World depuis 2007 et en assurait la direction exécutive depuis 2016, n’est pas cité dans le communiqué officiel. Son retrait marque néanmoins un changement symbolique important, tant pour le groupe que pour les Émirats.
Les correspondances révélées par Washington décrivent des échanges datant notamment de 2013, contenant des descriptions explicites et des documents photographiques, ainsi que des discussions portant sur des services d’escortes internationales. Selon le Financial Times, les deux hommes auraient maintenu un contact jusqu’à moins d’un an avant le décès d’Epstein en 2019. Cette proximité persistant longtemps après la condamnation de 2008 aggrave considérablement la perception des liens entre eux.
DP World confrontée à un tournant critique
Pour DP World, l’impact se matérialise immédiatement au niveau opérationnel et financier. La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui figure parmi les principaux actionnaires de la filiale canadienne, a annoncé le blocage de tous ses investissements additionnels. À Londres, l’agence britannique de financement du développement a gélé ses engagements envers le groupe, notamment un partenariat portuaire en Somaliland. Ces mesures disciplinaires reflètent la prudence accrue des investisseurs institutionnels face aux risques réputationnels.
Cette crise interpelle sur la fragilité des figures de proue du capitalisme émirati lorsqu’elles se trouvent exposées publiquement. DP World représente bien plus qu’une simple entreprise : elle incarne la stratégie commerciale et portuaire des Émirats, connectant le Moyen-Orient aux marchés mondiaux. Son instabilité managériale risque d’affecter sa crédibilité auprès de partenaires internationaux prudents face aux dénonciations massives en cours. La transition vers un nouveau leadership devra démontrer la capacité du groupe à regagner la confiance de ses investisseurs et de ses partenaires contrariés.
