Afrique : Lavrov annonce le redéploiement massif de diplomates en poste en Europe

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a révélé devant la Douma d’État, ce mercredi 11 février 2026, que Moscou avait procédé à une réduction significative de ses effectifs diplomatiques sur le Vieux Continent au profit du continent africain. Selon le chef de la diplomatie russe, entre 120 et 150 agents ont été retirés des postes européens et britanniques, dont la quasi-totalité a été orientée vers de nouvelles missions en Afrique. Cette annonce intervient alors que la Russie ambitionne de porter à 49 le nombre total de ses représentations diplomatiques sur le sol africain. Un repositionnement stratégique qui montre la volonté du Kremlin de consolider durablement son ancrage sur un continent devenu un terrain de rivalités géopolitiques majeures.

Moscou réduit sa présence diplomatique en Europe pour renforcer son réseau en Afrique

S’exprimant lors de la séance dite de « l’heure du gouvernement » devant les députés de la chambre basse du parlement russe, Sergueï Lavrov a détaillé l’ampleur de cette réorganisation du maillage diplomatique de son pays. Le ministre a précisé que la présence russe en Europe et au Royaume-Uni avait été « considérablement réduite », chiffrant les départs à une fourchette comprise entre 120 et 150 agents. L’essentiel de ces effectifs, soit environ neuf sur dix selon ses propres termes, a été affecté à des postes situés sur le continent africain. Cette redistribution des ressources humaines s’inscrit dans un mouvement plus large visant à rétablir l’activité d’une dizaine de représentations diplomatiques en Afrique, dont certaines avaient cessé de fonctionner après la dissolution de l’Union soviétique. Le chef de la diplomatie russe a indiqué que plusieurs de ces missions étaient déjà opérationnelles, tandis que d’autres devraient ouvrir leurs portes dans un horizon de un à deux ans.

Sur le plan concret, cette expansion du réseau consulaire et diplomatique russe en Afrique a déjà produit des résultats tangibles au cours de l’année écoulée. Trois nouvelles ambassades ont été inaugurées en 2025, respectivement au Niger, en Sierra Leone et au Soudan du Sud. Le calendrier prévoit désormais l’ouverture prochaine de missions au Togo, en Gambie, au Liberia ainsi qu’aux Comores. Cette dynamique porte l’ambition affichée par Moscou de disposer à terme de 49 ambassades sur l’ensemble du continent, couvrant ainsi la quasi-totalité des États africains. En parallèle, le ministère russe des Affaires étrangères travaille à l’élargissement de ses représentations commerciales, qui concernent à ce jour une quinzaine de pays africains, avec l’objectif de créer treize nouvelles commissions intergouvernementales consacrées à la coopération scientifique, économique et technique.

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Russie – Afrique : une stratégie diplomatique et militaire accélérée depuis le sommet de Sotchi

Le rapprochement entre Moscou et les capitales africaines s’est considérablement intensifié depuis le premier sommet Russie – Afrique organisé à Sotchi en 2019, suivi d’une deuxième édition à Saint-Pétersbourg en 2023. Ces rendez-vous de haut niveau ont posé les bases d’un partenariat structuré autour d’un plan d’action couvrant la période 2023-2026, articulé avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le terrain sécuritaire, la Russie a multiplié les accords de coopération militaire, notamment avec plusieurs États d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, fournissant équipements, formations et conseillers. Le groupe paramilitaire Africa Corps, qui a succédé aux opérations de l’ex-groupe Wagner, a étendu sa présence dans des pays comme la République centrafricaine, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où les autorités de transition ont rompu avec leurs partenaires occidentaux traditionnels. En décembre 2025, la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie – Afrique, tenue au Caire, a marqué une étape supplémentaire en se tenant pour la première fois sur le sol africain, montrant la volonté des deux parties de donner une dimension plus concrète à leurs échanges. Lavrov y avait d’ailleurs invité l’ensemble des pays africains ne disposant pas encore de représentation à Moscou à envisager l’ouverture d’une mission diplomatique dans la capitale russe, le Togo et le Botswana ayant déjà confirmé des projets en ce sens.

Cette offensive diplomatique tous azimuts traduit un repositionnement géostratégique assumé par le Kremlin, qui fait de l’Afrique l’un des axes prioritaires de sa politique étrangère dans un monde qu’il qualifie de « multipolaire ». En transférant massivement des ressources humaines depuis un théâtre européen marqué par la dégradation des relations avec les pays occidentaux vers un continent en pleine recomposition géopolitique, Moscou envoie un signal clair sur ses priorités à long terme. Reste à observer si cette présence diplomatique renforcée se traduira par des partenariats économiques et commerciaux à la hauteur des ambitions affichées, dans un environnement où la concurrence avec la Chine, les États-Unis et l’Union européenne demeure vive.

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