« Aide importante de Poutine » en pétrole et blé : Touadéra veut aller plus loin avec Moscou

Dans une interview accordée à RT, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a souligné l’ampleur du soutien apporté par la Russie à son pays, tout en traçant les contours d’une coopération appelée à s’étendre davantage. « Nous avons eu une aide importante du président Poutine qui nous a fait un don de produits pétroliers », a-t-il déclaré, saluant un appui qui a permis de stabiliser le secteur des hydrocarbures en République centrafricaine et d’instaurer un mécanisme de revolving pour pérenniser l’approvisionnement.

Au-delà du volet énergétique, le chef de l’État centrafricain a évoqué l’aide humanitaire russe, notamment à travers des livraisons de blé qui ont contribué à réduire le prix du pain dans un pays où l’insécurité alimentaire demeure un défi quotidien pour des millions d’habitants. Touadéra a également souligné le rôle de Moscou dans la formation de cadres centrafricains, un volet qui s’inscrit dans une logique de renforcement des capacités nationales.

Regardant vers l’avenir, le président centrafricain a exprimé sa volonté d’approfondir la coopération bilatérale, avec un accent particulier sur le secteur minier. La Centrafrique, dotée d’un sous-sol riche en or, diamants et autres minerais stratégiques, entend s’appuyer sur l’expertise russe pour valoriser ces ressources. Touadéra a d’ailleurs annoncé un prochain déplacement à Moscou pour s’entretenir directement avec le président Vladimir Poutine.

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Un rapprochement forgé dans la crise

Le partenariat entre Bangui et Moscou s’est considérablement renforcé depuis 2017, dans un contexte où la Centrafrique était plongée dans une profonde instabilité sécuritaire. Après le retrait de l’opération militaire française Sangaris en 2016, le pays se retrouvait confronté à la prolifération de groupes armés qui contrôlaient alors une grande partie du territoire.

C’est en octobre 2017, lors d’une rencontre entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le président Touadéra, que les bases de cette coopération ont été posées. La Russie s’est alors engagée à fournir des armes aux forces centrafricaines et à déployer des instructeurs militaires pour former les soldats des Forces armées centrafricaines (FACA). Dès janvier 2018, les premières livraisons d’équipements militaires ont eu lieu, avec l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies, malgré l’embargo sur les armes en vigueur.

Au fil des années, la présence russe s’est élargie bien au-delà du domaine sécuritaire. Des conseillers russes ont intégré l’appareil d’État centrafricain, tandis que les échanges se sont étendus aux secteurs économique, humanitaire et politique. En janvier 2025, Touadéra s’est rendu à Moscou pour une visite officielle de trois jours, au cours de laquelle il a échangé avec Poutine sur les perspectives de la coopération dans les domaines du commerce, de l’économie et de la sécurité. Peu après, le parti au pouvoir, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), a signé un accord de coopération avec le parti Russie Unie de Poutine, montrant la dimension politique de ce rapprochement.

En décembre 2025, à l’occasion du 65e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays, la cheffe de la diplomatie centrafricaine, Sylvie Baïpo-Temon, a qualifié cette coopération de « dynamique » et saluait sa contribution « significative à la stabilisation sécuritaire » du pays. De son côté, Lavrov a réaffirmé la place « prioritaire » de la Centrafrique dans la politique africaine de la Russie.

L’annonce par Touadéra d’une nouvelle visite à Moscou confirme la trajectoire ascendante de ce partenariat stratégique, qui fait de la Centrafrique l’un des principaux points d’ancrage de l’influence russe sur le continent africain.

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