Ambassadeur tué en Libye : les USA n'ont jamais lâché l'affaire, un suspect extradé

Près de quatorze ans après l’attaque meurtrière contre la mission diplomatique américaine à Benghazi, Washington vient d’obtenir l’extradition d’un troisième suspect. Zubayr al-Bakoush, présenté comme un « participant clé » de l’assaut, a été transféré sur le sol américain vendredi 6 février 2026 pour y être jugé.

Le 11 septembre 2012, date hautement symbolique outre-Atlantique, une vingtaine d’hommes armés de fusils d’assaut de type AK-47, de grenades et d’engins explosifs prennent d’assaut le compound diplomatique américain à Benghazi, dans l’est de la Libye. L’attaque, attribuée à la milice islamiste Ansar al-Charia, dure treize heures et coûte la vie à quatre citoyens américains : l’ambassadeur J. Christopher Stevens, le fonctionnaire du Département d’État Sean Smith, ainsi que deux contractuels de la CIA, Tyrone Woods et Glen Doherty, anciens Navy SEALs, tués lors d’une attaque au mortier contre une annexe voisine de l’agence de renseignement.

Stevens devient alors le premier ambassadeur américain assassiné en poste depuis 1979. L’événement secoue profondément la classe politique américaine et déclenche une série d’enquêtes parlementaires, alimentant un débat virulent entre républicains et démocrates, notamment autour de la gestion de la crise par l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton.

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Une traque de plus d’une décennie

Vendredi 6 février, la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, a annoncé lors d’une conférence de presse au Département de la Justice que Zubayr al-Bakoush, un ressortissant libyen de 58 ans, avait atterri à la base aérienne d’Andrews, dans le Maryland, à trois heures du matin. À ses côtés se trouvaient le directeur du FBI, Kash Patel, et la procureure fédérale du district de Columbia, Jeanine Pirro, chargée de poursuivre l’affaire.

« Nous n’avons jamais cessé de chercher justice pour ce crime contre notre nation », a déclaré Bondi, précisant qu’al-Bakoush « fera face à la justice américaine sur le sol américain ».

Selon l’acte d’accusation descellé le même jour, al-Bakoush était membre d’Ansar al-Charia et aurait participé directement à l’assaut. Les documents judiciaires indiquent qu’il a pénétré dans le compound vers 22 heures avec d’autres conspirateurs, où il aurait mené des activités de surveillance du centre d’opérations tactiques avant de tenter d’accéder aux véhicules du personnel diplomatique. Il fait face à huit chefs d’inculpation, incluant les meurtres de l’ambassadeur Stevens et de Sean Smith, la tentative de meurtre de l’agent spécial Scott Wickland, incendie criminel et soutien matériel au terrorisme.

Les autorités n’ont pas révélé les circonstances exactes de son arrestation. Le directeur du FBI a simplement évoqué un « transfert étranger de garde à vue » réalisé avec des partenaires internationaux, sans préciser le lieu ni la date de l’interpellation.

« Nous n’en avons pas terminé »

Al-Bakoush est le troisième individu arrêté dans le cadre de cette affaire, et le premier en près de neuf ans. Ahmed Abu Khattala, désigné comme le cerveau présumé de l’attaque, avait été capturé en Libye par les forces spéciales américaines dès 2014, puis condamné et récemment recondamné à 28 ans de prison. Un deuxième suspect, Mustafa al-Imam, arrêté en 2017, purge actuellement une peine de 19 ans. Un quatrième suspect, Ali Awni al-Harzi, avait quant à lui été tué dans une frappe aérienne en Irak en 2015.

Quelques heures après l’annonce, al-Bakoush a comparu devant la juge fédérale Moxila Upadhyaya à Washington. En fauteuil roulant et vêtu d’un survêtement gris, le quinquagénaire a déclaré par l’intermédiaire d’un interprète avoir « une confiance totale dans le tribunal et le jury », ajoutant qu’il avait « confiance en la justice ». Il a demandé à ce que le consulat libyen soit informé de sa situation. Le suspect, titulaire d’une licence en sciences de la bibliothèque, risque la peine de mort ou la prison à vie.

La procureure Pirro, qui a informé les familles des victimes avant la conférence de presse, n’a pas caché la détermination de Washington : « Le temps ne nous arrêtera pas dans notre traque de ces individus, peu importe le délai nécessaire ». Le directeur du FBI a été encore plus explicite : « Nous n’en avons pas terminé », a averti Kash Patel, laissant entendre que d’autres arrestations pourraient suivre.

Cette extradition intervient alors que la Libye demeure profondément divisée entre deux gouvernements rivaux – l’un reconnu par les Nations unies et basé à Tripoli, l’autre dirigé par Khalifa Haftar dans l’est du pays – et que les États-Unis n’y maintiennent plus de présence diplomatique permanente depuis 2014, gérant leurs relations avec Tripoli depuis l’ambassade américaine en Tunisie voisine.

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