Bénin : L’Iajp croise les analyses autour des « réformes constitutionnelles en Afrique »

Le Chant d’Oiseau, à Cotonou, a accueilli le jeudi 12 février le premier débat de l’année de l’Iajp, consacré au thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverses ». Universitaires, expert en gouvernance et acteur du monde ecclésial ont confronté leurs approches sur les logiques, les dérives et les conditions d’une révision constitutionnelle au service des peuples.

Le panel réunissait Dr Messanh Emmanuel Ahlinvi, professeur titulaire des universités du CAMES à l’Université de Parakou, Francis Laleye, expert en gouvernance politique et électorale, et Abbé Camille Sessou, docteur en théologie et enseignant à l’Institut Jean-Paul II. Au cœur des échanges, la question de la finalité des réformes constitutionnelles sur le continent. Pour Francis Laleye, le déficit d’évaluation des textes fondamentaux constitue l’un des principaux obstacles à des révisions pertinentes.


« En Afrique, d’une façon générale, c’est pas le Bénin, c’est pas le Togo, c’est en Afrique (…) nous n’avons pas pris l’habitude d’évaluer les lois que nous mettons en œuvre. Nous n’avons pas pris l’habitude d’évaluer les constitutions que nous mettons en œuvre. » S’appuyant sur les exemples américain et français, il a insisté sur le lien entre révision et évaluation préalable. « L’idéal, c’est que lorsqu’on met une loi en pratique (…) après un certain temps, cela puisse être évalué, qu’on voit ce qui a marché, ce qui n’a pas marché. » À défaut, a-t-il observé, les réformes deviennent l’apanage de groupes politiques dominants, engagés dans des logiques conjoncturelles.

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La dimension éthique et sociale de la Constitution a été mise en avant par Abbé Camille Sessou, qui l’a définie comme un patrimoine collectif. « La constitution (…) est un bien commun (…) si la vision du bien commun n’est pas assez claire (…) on peut en arriver à des révisions opportunistes et calculées. » Il a également interrogé la place accordée aux citoyens dans ces processus, posant la question de leur consultation effective avant toute modification de la loi fondamentale.

De son côté, Dr Messanh Emmanuel Ahlinvi a insisté sur la nécessité du débat public en amont pour prévenir les crises constitutionnelles. « La discussion n’est pas souvent engagée autour de la révision. On n’organise pas un débat public. On attend souvent la fin du mandat, comme pour se pérenniser au pouvoir. » Évoquant plusieurs pays africains, il a souligné le caractère souvent opportuniste des révisions liées à la fonction présidentielle.

Quant au cas béninois, il a élargi la réflexion à l’impact social des réformes. « Une constitution, ce n’est pas seulement l’ordonnancement du pouvoir (…) il y a des réformes profondes (…) qui ont des conséquences terribles sur la vie des populations. » Il a notamment posé la question de la prise en compte des préoccupations sociales dans les révisions constitutionnelles.

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