Burkina Faso : la Russie livre du matériel pour le génie militaire ciblant les zones en crise

Groupes électrogènes, transformateurs, filtres à eau. Vendredi 20 février 2026, au Camp Général Aboubacar Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, les Forces armées burkinabè ont réceptionné un lot de matériel russe estimé à 192 millions de francs CFA, premier volet d’un programme de coopération militaire et sociale formalisé l’été dernier rapporte Burkina24.

Dix groupes électrogènes de type WEICHAI (22 à 55 KVA), quinze transformateurs de 100 kW et 125 filtres à eau complets. C’est le contenu précis du don remis par le Colonel Roman Aleksandrovich Ponomarev, attaché de défense russe, à la Direction Centrale du Génie Militaire burkinabè. Destination annoncée : les zones à fort défi sécuritaire, où ni l’électricité ni l’eau potable ne constituent des acquis.

Le Colonel Bassinga Bapio Kouayé Narcisse, Commandant du Groupement Central des Armées, a reçu le matériel au nom des FAB. Sobre dans la forme, la cérémonie marque néanmoins une étape concrète dans l’exécution du mémorandum d’entente signé en août 2025 à Moscou entre les deux ministères de la Défense.

Publicité

Une coopération ancrée dans la rupture avec Paris

Ce partenariat ne surgit pas du vide. Depuis la prise de pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, le Burkina Faso a défait ses liens militaires avec la France. L’ambassadeur français avait quitté Ouagadougou en janvier 2023. Les forces spéciales françaises ont suivi. Dans la foulée, Burkina, Mali et Niger forment l’Alliance des États du Sahel — un bloc qui assume sa réorientation vers Moscou aussi bien sur le plan sécuritaire que diplomatique.

La Russie occupe désormais l’espace laissé vacant : formations militaires, fournitures d’armements, présence d’Africa Corps — ex-groupe Wagner — sur certains théâtres d’opérations. En juin 2024, en visite à Ouagadougou, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait posé les mots dessus sans détour : « Dès les premiers contacts entre nos pays, après l’arrivée au pouvoir du président Traoré, nous nous sommes engagés très étroitement dans tous les domaines de coopération, y compris le développement des liens militaires et militaro-techniques. »

Lavrov avait alors promis une montée en puissance : « Des instructeurs russes travaillent ici et leur nombre va augmenter. » Moins d’un an plus tard, en mai 2025, Traoré était reçu au Kremlin par Poutine. Trois mois après, les ministres de la Défense de l’AES signaient à Moscou le mémorandum dont découle directement la livraison du 20 février.

Un programme plus large en préparation

« La coopération que nous avons avec la Fédération de Russie est vivace, elle est concrète », a déclaré le Colonel Bassinga. Rare moment d’expression publique sur un partenariat militaire d’ordinaire peu commenté par les autorités burkinabè.

Côté russe, le Colonel Ponomarev a cadré la livraison dans une perspective plus large. La mise en œuvre de projets humanitaires et sociaux constituerait, selon lui, une étape parallèle au renforcement des capacités combattantes — construction d’écoles, rénovation d’infrastructures. Le conditionnel s’impose : aucun calendrier précis ni budget global n’ont été rendus publics à ce stade.

Le matériel réceptionné vendredi sera acheminé vers ses zones de déploiement dans les prochains jours, selon les FAB. La prochaine phase du programme russo-burkinabè n’a pas encore de date annoncée.

Laisser un commentaire