Cameroun : l’État autorise les obsèques d’Anicet Ekane après des tensions

Le corps d‘Anicet Ekane, mort en détention en décembre, quitte enfin la morgue de Yaoundé. L’État a levé le 23 février les restrictions imposées sur la dépouille du président du parti politique « Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie MANIDEM« , après presque trois mois sans explication.

La veuve d’Anicet Ekane peut désormais organiser les obsèques. Deux avocats, Hippolyte Meli Tiakouang et Emmanuel Simh, ont notifié lundi à l’hôpital central que le Commissaire du Gouvernement levait les scellés. Dans leur courrier, ils précisent : « Nous vous transmettons copie de la lettre reçue à titre d’information par laquelle il décide de lever ces restrictions ».

Pendant près de trois mois, le cadavre est resté bloqué à la morgue.

Anicet Ekane a succombé le 1er décembre 2025 en détention à Yaoundé. Arrêté le 24 octobre, quelques jours après la proclamation des résultats présidentiels, le président du MANIDEM souffrait de pathologies respiratoires et cardiaques graves — séquelles du Covid-19. Il dépendait d’un extracteur d’oxygène en permanence, appareil que les autorités lui ont confisqué à son arrivée selon les témoignages de sa famille.

Les avocats dénoncent la longueur du blocage : « La dépouille mortuaire séjourne depuis cette date à la morgue de votre centre hospitalier sous des restrictions (scellés) prises par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé ».

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Maurice Kamto n’a pas laissé s’installer le silence. Le 21 février, le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a dénoncé le traitement de la dépouille sur ses réseaux sociaux. Il a exigé que le régime « respecte sa dignité d’être humain dans la mort ». Quarante-huit heures plus tard, le gouvernement ordonnait au Service d’État du Détenu de lever les restrictions.

La levée n’emporte aucune concession formelle

Jeanne Edwige Sogue, la veuve, assume la responsabilité légale du corps. Les avocats précisent que « sa veuve née SOGUE Jeanne Edwige prendra la responsabilité de ce corps en conservation au nom et pour le compte des ayants droits ». Elle « prendra ès qualité en charge les frais de conservation du corps pour compter de ce jour jusqu’à sa mise en bière selon le programme qui sera arrêté en famille ».

Né le 17 avril 1951 à Douala, Anicet Ekane a assisté en janvier 1971 à l’exécution d’Ernest Ouandié à Bafoussam, événement qui marque à jamais sa conscience politique et le pousse à adhérer à l’UPC en 1973. Arrêté en février 1990 pour ses activités au sein d’un groupe de démocrates patriotes aux côtés de Me Yondo Black, il est condamné à quatre ans de prison par le tribunal militaire mais libéré après grâce présidentielle en août 1990. Il crée le MANIDEM le 3 mars 1991 avec d’autres cadres de l’UPC, devient une figure centrale de l’opposition camerounaise durant les décennies suivantes en animant les « villes mortes » et les opérations « Carton Rouge », et se présente deux fois à la présidentielle en 2004 et 2011 avant de revenir au premier plan en 2025 pour soutenir Maurice Kamto, puis Issa Tchiroma.

Aucun calendrier pour les funérailles n’a émergé. Le gouvernement cède sur des détails : le moment, le lieu, le rite. Le calendrier des obsèques reste à fixer par la famille.

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