Le cancer colorectal progresse à un rythme alarmant à travers le monde. Troisième cancer le plus diagnostiqué sur la planète avec près de deux millions de nouveaux cas recensés en 2022, il frappe désormais des populations de plus en plus jeunes. Plusieurs pays occidentaux observent une hausse significative des diagnostics chez les moins de 50 ans, une tendance qui interpelle la communauté scientifique. Si les facteurs de risque classiques — sédentarité, alimentation ultra-transformée, consommation d’alcool et de viandes transformées — sont régulièrement pointés du doigt, la recherche explore aussi les leviers alimentaires capables de freiner cette progression. Deux produits laitiers du quotidien, le lait et le yaourt, viennent justement de voir leur rôle protecteur renforcé par des travaux scientifiques majeurs publiés début 2025.
Le calcium du lait associé à une réduction de 17 % du risque selon l’Université d’Oxford
L’Université d’Oxford a publié en janvier 2025 dans Nature Communications ce que les chercheurs qualifient eux-mêmes de « l’étude la plus complète jamais menée sur la relation entre alimentation et cancer colorectal ». Conduite par la Dr Keren Papier, épidémiologiste nutritionnelle, cette recherche a mobilisé les données alimentaires de plus de 542 000 femmes britanniques, suivies en moyenne pendant seize ans. Sur 97 facteurs alimentaires passés au crible, le calcium s’est distingué comme l’élément le plus fortement lié à une diminution du risque. Un apport supplémentaire de 300 milligrammes par jour — l’équivalent d’un grand verre de lait — a été corrélé à une baisse de 17 % du risque de développer un cancer colorectal.
Pour renforcer ces observations, les chercheurs ont eu recours à une analyse par randomisation mendélienne, une méthode qui utilise des variants génétiques pour évaluer si une relation est potentiellement causale. Les résultats ont été encore plus frappants : la consommation génétiquement prédite de 200 grammes de lait par jour a été associée à une réduction pouvant atteindre 40 % du risque de cancer du côlon. Le mécanisme avancé repose sur la capacité du calcium à se lier aux acides biliaires et aux acides gras libres présents dans le côlon, formant une sorte de « savon » inoffensif qui empêche ces substances d’endommager la paroi intestinale.
L’étude d’Oxford a toutefois mis en évidence une nuance importante : cet effet protecteur bénéficie principalement aux personnes dont l’apport quotidien en calcium reste inférieur aux 1 000 milligrammes recommandés. Par ailleurs, le calcium issu de sources non laitières — légumes verts à feuilles, tofu, amandes ou graines de chia — présente également un effet protecteur, même si les sources laitières ont montré une association statistiquement plus significative. Un mois plus tard, en février 2025, une étude du National Cancer Institute américain publiée dans JAMA Network Open est venue confirmer ces conclusions sur une cohorte mixte hommes-femmes aux États-Unis, élargissant ainsi la portée géographique et démographique de ces résultats.
Le yaourt et le microbiote intestinal au cœur des recherches de Harvard
Le yaourt, quant à lui, agit par un mécanisme distinct qui dépasse le simple apport en calcium. Une étude publiée également en février 2025 dans la revue Gut Microbes, menée par des chercheurs de Harvard et du Mass General Brigham sous la direction du Dr Shuji Ogino, a suivi plus de 132 000 personnes pendant plus de trente ans. Les résultats indiquent que les personnes consommant au moins deux portions de yaourt par semaine présentaient un taux inférieur de 20 % de cancers colorectaux positifs au Bifidobacterium, une bactérie naturellement présente dans le yaourt.
Cet effet protecteur s’est révélé particulièrement marqué pour les cancers du côlon proximal, situés du côté droit, qui sont généralement associés à un pronostic moins favorable. Les bactéries vivantes contenues dans le yaourt favoriseraient un équilibre sain du microbiote intestinal et renforceraient la barrière protectrice de l’intestin. Lorsque cette barrière perd en étanchéité, l’inflammation chronique qui en résulte peut favoriser le développement tumoral. « Notre étude apporte des preuves uniques sur le bénéfice potentiel du yaourt », a souligné le Dr Ogino.
Le lait et le yaourt offrent donc deux voies complémentaires de protection : le premier par son calcium qui neutralise les substances potentiellement cancérigènes dans le côlon, le second par ses probiotiques qui entretiennent l’écosystème microbien intestinal. Ces découvertes ne signifient pas pour autant que les produits laitiers constituent une garantie absolue contre le cancer colorectal. Les chercheurs rappellent que la prévention repose sur un ensemble de comportements : réduction de la consommation d’alcool et de viandes transformées, alimentation riche en fibres, fruits et légumes, activité physique régulière. Mais intégrer un verre de lait et quelques yaourts nature — sans sucres ajoutés — dans son alimentation hebdomadaire pourrait représenter un geste simple aux bénéfices mesurables. À l’heure où le cancer colorectal gagne du terrain, y compris parmi les générations les plus jeunes, ces résultats offrent une piste de prévention accessible à tous.



