CEDEAO : la monnaie unique relancée mais l'UEMOA pourrait rester en retrait

Les gouverneurs des banques centrales de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont réunis à Monrovia, au Liberia,pour relancer le dossier de la devise commune régionale. Fixé à 2027, le calendrier du projet Eco connaît un rebondissement : la première phase d’intégration monétaire pourrait exclure les huit nations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, déjà dotées d’une monnaie partagée. Cette bifurcation soulève des questions sur la viabilité d’une initiative régionale fragmentée et sur les capacités de convergence des pays impliqués.

Un projet Eco porté par des promesses renouvelées depuis plus d’une décennie

L’ambition d’une monnaie unique pour l’Afrique de l’Ouest remonte au cœur des années 2000, articulée dès décembre 2009 par les dirigeants de la CEDEAO. Depuis cette date, les objectifs de lancement se sont succédé sans aboutir : le troisième trimestre 2020 avait d’abord été envisagé, avant que l’échéance soit repoussée face à l’ampleur des défis macroéconomiques. Les États membres n’ont cessé de repousser le dossier en 2003, 2005, 2009, 2014 et 2020, butant à chaque fois sur l’incapacité de satisfaire les critères de convergence établis. Cette récurrence des délais reflète des réalités économiques complexes : inflation incontrôlée dans plusieurs capitales régionales, volatilité des taux de change, déficits budgétaires et fragilités structurelles du secteur financier.

Le Nigeria, moteur économique de la région avec plus de la moitié du produit intérieur brut régional, demeure traversé par des déséquilibres durables, notamment une inflation à deux chiffres et une pression continue sur sa devise. Parallèlement, des changements géopolitiques ont reconfiguré le paysage institutionnel : le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger a modifié la composition du bloc régional, ajoutant une couche supplémentaire d’incertitude au projet.

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Une mise en œuvre fragmentée : six pays lanceurs sans l’UEMOA

C’est lors du sommet des chefs d’État en décembre 2025 à Abuja que les dirigeants ont réaffirmé leur détermination à accélérer l’intégration monétaire et budgétaire. Les discussions techniques qui ont suivi à Monrovia la semaine dernière, ont précisé les contours d’une première phase restrictive. Le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie constitueraient le noyau dur des pionniers, sous réserve de la finalisation des structures de gouvernance institutionnelle et du respect des critères convenus. Or, une formulation discrète du communiqué nigérian suggère que « la première phase pourrait se faire sans » les huit membres de l’UEMOA, déjà dotés depuis 1994 d’une monnaie commune, le franc CFA ouest-africain, et d’une banque centrale intégrée. Cette séparation entre pionniers et observateurs remet en question la logique d’une intégration véritablement plan régionale.

Le changement de tactique révèle une acceptation implicite des obstacles structurels : plutôt que d’attendre une convergence globale, la CEDEAO privilégie désormais une approche différenciée, et prévoit lancer le projet avec les nations jugées les plus disposées. Cette stratégie reconnaît que les critères macro-économiques demeurent difficiles à atteindre simultanément. Cependant, elle pose la question de la légitimité d’une monnaie régionale construite sans tous les acteurs majeurs, particulièrement l’ensemble UEMOA qui représente une part substantielle de la masse économique ouest-africaine. L’avenir déterminera si cette fragmentation temporaire deviendra permanente ou si elle constituera une étape vers une unification future. Entre ambitions déclarées et réalités économiques, le chemin vers l’Eco demeure semé d’embûches.

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