Corée du Nord : Kim Jong-un prépare-t-il sa fille à lui succéder ?

À Pyongyang, le pouvoir nord-coréen pourrait être à l’aube d’un nouveau tournant dynastique. Selon les services de renseignement sud-coréens, Kim Jong-un envisagerait de positionner sa fille Ju Ae comme héritière potentielle. L’information a été relayée jeudi à Séoul à l’issue d’un briefing parlementaire, alors qu’un grand rendez-vous politique est attendu fin février dans la capitale nord-coréenne. En toile de fond, un enjeu majeur : la continuité du régime et la stabilité d’un État nucléaire scruté par la communauté internationale.

L’hypothèse d’une désignation prochaine s’appuie sur les analyses du Service national du renseignement sud-coréen (NIS). Devant des parlementaires, le député Lee Seong-kweun a indiqué que l’agence estimait que Kim Ju Ae serait « en passe d’être désignée comme successeure ». Cette appréciation intervient à quelques semaines d’une importante réunion politique à Pyongyang, souvent qualifiée de moment clé dans l’agenda institutionnel du pays. Aucune confirmation officielle n’a toutefois été émise par les autorités nord-coréennes, qui entretiennent traditionnellement un secret strict sur les affaires internes du sommet de l’État.

Dynastie Kim et succession en Corée du Nord : un pouvoir familial consolidé depuis 1948

Depuis la proclamation de la République populaire démocratique de Corée en 1948, le pays est dirigé par la même lignée. Kim Il-sung, fondateur du régime, a transmis le pouvoir à son fils Kim Jong-il, avant que Kim Jong-un n’en prenne la tête en 2011. Cette continuité familiale constitue l’un des piliers de la légitimité politique du système nord-coréen. Dans ce cadre, la question de la succession n’est jamais anodine, tant elle engage la stabilité interne, l’équilibre des élites militaires et l’image du pays à l’extérieur.

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Kim Jong-un, dont l’âge reste relativement jeune pour un chef d’État installé depuis plus d’une décennie, n’a jamais communiqué officiellement sur l’organisation de sa relève. Les informations concernant sa descendance sont demeurées longtemps limitées et issues principalement d’analyses étrangères. L’émergence progressive de Ju Ae dans l’espace public a donc été interprétée par certains observateurs comme un signal politique, même si aucune annonce formelle n’est venue confirmer un changement institutionnel.

Kim Ju Ae : d’enfant mystérieuse à figure récurrente aux côtés de Kim Jong-un

Pendant plusieurs années, l’existence même de la fille du dirigeant nord-coréen relevait presque du secret d’État. Son nom n’a jamais été publié par les médias officiels de Pyongyang, et son âge reste estimé par des sources extérieures. Ce n’est qu’en novembre 2022 qu’elle est apparue publiquement pour la première fois, lors d’un essai de missile intercontinental. Depuis, ses apparitions se sont multipliées, notamment lors de défilés militaires, de visites d’installations stratégiques et d’événements liés au programme d’armement.

Sa présence répétée dans des cérémonies hautement symboliques, souvent aux côtés des plus hauts responsables militaires, a progressivement modifié la perception de son rôle potentiel. D’abord considérée comme une apparition familiale inhabituelle dans un régime peu enclin à exposer la sphère privée, elle est devenue une figure visible lors de moments clés de la communication d’État. Cette évolution alimente aujourd’hui les spéculations sur une éventuelle préparation à des responsabilités futures, sans qu’aucun statut officiel ne lui soit attribué.

L’annonce relayée à Séoul intervient dans un climat régional marqué par des tensions persistantes autour des essais balistiques nord-coréens et des sanctions internationales. Toute perspective de transition dynastique serait susceptible d’avoir des répercussions diplomatiques, notamment vis-à-vis de la Corée du Sud, des États-Unis et de la Chine. Pour l’heure, les autorités nord-coréennes n’ont pas réagi publiquement aux déclarations du renseignement sud-coréen.

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