Quatre avocats parisiens ont porté l’affaire Bongo sur un terrain inattendu. Dans un courrier daté du 23 février 2026, ils demandent aux autorités académiques françaises de se prononcer sur l’intégrité du procureur général gabonais Eddy Narcisse Minang — docteur en droit de l’Université Panthéon-Assas.
Le document, adressé simultanément au ministre français de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, à l’Office français de l’intégrité scientifique et à l’Association française des docteurs en droit, cible le magistrat responsable des poursuites contre Sylvia et Noureddin Bongo, condamnés par contumace à 20 ans de réclusion criminelle en novembre 2025. Ses signataires — le bâtonnier Pierre-Olivier Sur, François Zimeray, Clara Gérard-Rodriguez et Catalina de la Sota — accusent Minang d’avoir « déshonoré son grade universitaire » en orchestrant ce qu’ils qualifient de « cruelle parodie de justice ».
Le texte invoque le serment imposé depuis 2022 aux titulaires d’un doctorat : maintenir une « conduite intègre » dans leurs rapports au savoir et à la société.
Un procès par contumace
Eddy Narcisse Minang a soutenu sa thèse — portant sur Le crime rituel en droit pénal gabonais — à Panthéon-Assas en juillet 2023, avec les félicitations du jury. Moins de deux ans plus tard, son nom se retrouve au centre d’une procédure franco-gabonaise aux contours inédits.
L’origine du contentieux remonte au coup d’État du 30 août 2023. Le général Brice Oligui Nguema renverse Ali Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 2009, et fait arrêter son épouse et son fils aîné. Détenus pendant vingt mois dans des conditions dénoncées comme dégradantes, Sylvia et Noureddin Bongo obtiennent une liberté provisoire pour raisons médicales en mai 2025, puis l’autorisation de quitter le Gabon. Ils résident depuis à Londres, où ils ont déposé plainte pour « tortures » devant la justice française.
Leur procès s’ouvre en novembre 2025 devant la Cour criminelle spécialisée de Libreville. Ni les accusés ni leurs avocats ne se présentent. En quelques heures, la juridiction prononce 20 ans de réclusion criminelle assortis d’amendes colossales — l’accusation chiffrant les sommes détournées à près de 4 917 milliards de FCFA, soit environ 7,5 milliards d’euros.
L’intégrité scientifique comme nouveau front
La défense conteste la totalité de la procédure. « Peines absurdes », « procès inique », « digne des pires caricatures » : les formules du courrier ne laissent aucune ambiguïté sur la stratégie choisie. Les avocats désignent Minang comme l’« ordonnateur » et le « metteur en scène » d’une procédure « irrégulière de A à Z », l’accusant également d’avoir « a minima avalisé des actes de torture et de barbarie » contre leurs clients.
Du côté gabonais, Clay Martial Obame Akwe, cadre du Bloc démocratique et citoyen, rejette la démarche. Pour lui, le doctorat constitue un titre académique qui « ne constitue ni un mandat politique, ni une investiture juridictionnelle, encore moins une tutelle morale permanente exercée par une autorité étrangère ». Il qualifie le signalement de « manœuvre d’intimidation » contre un magistrat qu’il décrit comme un « brillant procureur général », major de sa promotion.
Pendant ce temps, la situation personnelle d’Ali Bongo reste suspendue. Selon le média panafricain Gabon Media Time, l’ancien président a été aperçu à Paris début février 2026 en compagnie de proches, dont sa sœur Betty. Lors d’une tentative de rejoindre le Royaume-Uni, ses documents auraient été refusés par le système électronique de contrôle aux frontières françaises.
La réponse des institutions françaises saisies reste attendue. Un tribunal parisien a parallèlement ouvert, en juillet 2025, une enquête pour enlèvement, détention arbitraire et torture visant des membres de l’entourage d’Ali Bongo.
