Guerre en Ukraine : comment les missiles russes redessinent la stratégie de défense en Europe

Depuis 2022, les forces armées de la Fédération de Russie ont recours de façon régulière à des frappes de missiles longue portée sur le territoire ukrainien. Ces opérations, observées par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et les ministères européens de la Défense, conduisent plusieurs États du continent à adapter leur architecture de protection et de riposte.

Les attaques visent notamment des infrastructures énergétiques et militaires situées loin de la ligne de front. Les autorités ukrainiennes publient presque quotidiennement des bilans d’interceptions et d’impacts. Pour les planificateurs militaires européens, cette utilisation continue d’armes balistiques et de vecteurs à très haute vitesse constitue désormais un paramètre structurant.

Des frappes à longue distance difficiles à intercepter

La Russie emploie plusieurs familles de missiles, allant de missiles balistiques classiques à des engins capables de manœuvrer pendant leur trajectoire. Selon les analyses relayées par L’Express, certains de ces systèmes sont conçus pour compliquer la détection et réduire l’efficacité des systèmes d’interception actuels.

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Ces projectiles peuvent atteindre des cibles situées à plusieurs centaines de kilomètres du front. Leur vitesse élevée limite le temps d’alerte et impose des réseaux radar et de commandement beaucoup plus réactifs. Des spécialistes cités par le magazine français expliquent que l’enjeu principal n’est pas seulement l’impact direct, mais la capacité à menacer durablement les infrastructures stratégiques.

Le ministère ukrainien de l’Énergie a indiqué à plusieurs reprises que des centrales électriques avaient été ciblées lors de campagnes de frappes hivernales. L’objectif observé par les services européens de renseignement consiste à perturber l’alimentation énergétique et logistique, ce qui renforce l’attention portée en Europe aux installations civiles sensibles.

Selon la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), les missiles modernes peuvent adopter des trajectoires imprévisibles, rendant les systèmes antimissiles existants moins efficaces. Cela ne signifie pas que l’interception est impossible, mais elle exige davantage d’équipements et une coordination élargie.

L’Europe déploie des boucliers antimissiles communs

En réponse, plusieurs pays européens ont engagé des programmes collectifs de défense aérienne. L’initiative European Sky Shield, lancée sous l’impulsion de l’Allemagne, regroupe plus de vingt États qui mutualisent leurs capacités d’interception.

Berlin a annoncé l’acquisition du système Arrow-3, conçu pour intercepter des missiles balistiques à haute altitude, information confirmée par l’agence de presse Associated Press. Ce dispositif doit protéger le territoire allemand et contribuer à la couverture de régions voisines.

La Commission européenne a également présenté un projet de bouclier aérien intégré. Le document officiel publié par l’institution prévoit une coordination des radars, des centres de commandement et des moyens d’interception afin de couvrir plusieurs zones simultanément.

L’OTAN dispose déjà d’une architecture de défense antimissile, basée notamment sur des radars en Turquie et en Roumanie ainsi que sur des systèmes déployés en mer Méditerranée. L’organisation indique que ces dispositifs sont destinés à protéger les populations et les forces alliées contre des attaques balistiques limitées.

Vers le retour de capacités de riposte européennes

La réflexion ne concerne pas seulement la protection. Plusieurs États européens étudient aussi des capacités de frappe longue portée. Le Royaume-Uni travaille sur un missile balistique tactique appelé « Nightfall », selon des documents parlementaires britanniques. D’autres projets portent sur des missiles hypersoniques européens, évoqués par L’Express.

Cette évolution marque un changement doctrinal. Les armées européennes avaient prioritairement investi dans l’aviation de combat et les opérations extérieures depuis les années 1990. L’usage intensif de missiles dans la guerre en Ukraine conduit désormais à préparer à la fois l’interception et la capacité de réponse.

L’OTAN souligne que la dissuasion repose sur deux éléments complémentaires : la protection contre une première frappe et la possibilité d’une riposte. Un responsable militaire allié résumait ce principe lors d’un point presse : « La défense antimissile protège les populations, mais la stabilité dépend aussi de la capacité à décourager une attaque ».

La mise en service progressive du système Arrow-3 en Allemagne est attendue à partir de 2025-2026, tandis que les programmes européens de coopération doivent être discutés lors des prochains conseils des ministres de la Défense de l’Union européenne.

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