Au congrès de son parti jeudi, le leader nord-coréen a déboîté l’ordre attendu : une offre de dialogue aux États-Unis. Mais elle ne vaut que si Washington reconnaît, une fois pour toutes, que la Corée du Nord est une puissance nucléaire — non un État qu’on dénucléarise.
La fenêtre diplomatique avec Washington ne s’ouvrira qu’à une seule condition. Kim Jong Un l’a énoncée clairement : « Si Washington respecte le statut actuel de notre pays tel que stipulé dans la Constitution et retire sa politique hostile, il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas bien nous entendre avec les États-Unis ». Voilà le basculement stratégique.
Pendant des décennies, les pourparlers Pyongyang – Washington tournaient autour d’une exigence figée : la dénucléarisation nord-coréenne. Aujourd’hui, le terrain change. Pyongyang pose une nouvelle condition : l’acceptation pure de son arsenal. Pas sa destruction. Cette inversion marque un épuisement des formules anciennes et l’imposition d’une réalité géopolitique que le nord réputait incontournable.
La Corée du Nord est un État doté d’armes nucléaires, ayant réalisé son premier essai nucléaire en 2006 et développé depuis un arsenal estimé à plusieurs dizaines de têtes nucléaires (par exemple des essais en 2016 et 2017). Elle s’est retirée du Traité de non‑prolifération nucléaire et produit activement du plutonium et de l’uranium enrichi pour fabriquer davantage d’armes. Le régime affirme que son statut nucléaire est permanent et irréversible, mettant même cette politique dans sa constitution, et teste régulièrement des missiles balistiques intercontinentaux capables d’atteindre de longues distances. Malgré les sanctions internationales, la Corée du Nord utilise ces armes comme outil de dissuasion et de négociation dans ses relations avec les États‑Unis, la Corée du Sud et d’autres pays.
L’accélération militaire scelle les positions de négociation
Simultanément, Kim a ordonné une escalade de production militaire pour 2026. Selon l’Agence centrale de presse coréenne, il appelle à développer de nouveaux systèmes d’armes visant à « renforcer son armée nucléaire ». Au catalogue : missiles balistiques intercontinentaux lancés sous l’eau, armes nucléaires tactiques de courte portée destinées à la Corée du Sud, expansion significative des capacités destructrices.
Ce dédoublement — ouverture diplomatique et forteresse armée — n’est pas une contradiction. C’est une tactique ancienne. Chaque nouveau système d’armes achevé consolide la position nord-coréenne avant toute reprise de pourparlers. Une puissance armée dicte ses conditions. Le calendrier de Pyongyang pour 2026 table sur une intensification nette.
Séoul expulsée du dialogue futur
Quant à la Corée du Sud, fermeture complète. Kim a qualifié le pays d’« entité la plus hostile » et rejeté ses gestes conciliants comme « trompeurs ». Son gouvernement « exclurait définitivement » Séoul de toute relation fraternelle.
L’architecture de cette rhétorique est transparente : elle isole le sud du dialogue futur. Seule Washington peut négocier avec Pyongyang — à condition d’accepter les termes imposés par le nord. Les mois à venir verront l’accélération de cette production armée tandis que les clivages diplomatiques régionaux se figent définitivement. La fenêtre pour une désescalade s’amenuise.
L’administration américaine devrait clarifier sa position mais reconnaître le statut nucléaire de Pyongyang reviendrait à avaliser ce qu’elle a combattu depuis 25 ans. Le refuser maintient le statu quo de tensions permanentes.

