Quatre à cinq mois c’est le délai imparti aux Nigérians pour souscrire au capital de Dangote Refinery avant son introduction en bourse. Une fenêtre étroite qui intervient après que l’usine a stabilisé sa production au plus haut niveau.
En février 2026, la raffinerie de Dangote a franchi un cap décisif : une capacité opérationnelle complète de 650 000 barils par jour, pleinement maîtrisée après des mois de montée en régime saccadée. Le passage par une phase de production à 18 millions de litres quotidiens en novembre, et à 32 millions en décembre appartient au passé. C’est dans cette situation de stabilisation que s’enclenche la phase suivante : l’appétit des actionnaires locaux.
La société actionnaire donne le feu vert
Samedi 21 février, Bayo Ojulari, directeur général de la Société publique du pétrole nigériane (NNPC), foule le site en compagnie de hauts dirigeants. Aliko Dangote confirme : les Nigérians pourront acheter des actions « dans un délai maximum de quatre à cinq mois ». Pas une promesse lointaine. Une échéance.
La NNPC détient 7,25 % du capital. Sa présence samedi n’était pas anodine. En tant que partenaire et actionnaire, la structure publique valide le timing. Dangote a pris soin de le rappeler.
L’IPO ne surgit donc pas de nulle part. Ce timing réduit les risques de perception négative sur le marché — un acheteur potentiel verra une usine qui produit, pas une promesse encore fragile.
Des dividendes en dollars ou en nairas
Détail décisif qui change la donne : les actionnaires pourront réclamer leurs dividendes en dollars américains ou en nairas. Pratique rarissime à Lagos. Elle brise un obstacle majeur : pourquoi acheter une action nigériane dont les gains seraient captifs en devise locale dépréciée ? Dangote tranche la question par les deux bouts.
Cette double monnaie double aussi l’attrait pour les investisseurs étrangers déjà massivement impliqués dans la raffinerie, et elle rassure les Nigérians eux-mêmes, épeurés par la volatilité du naira. Symboliquement, c’est une raffinerie qui n’accepte plus de jouer en monnaie de second rang.
Aliko Dangote règne en maître sur le secteur industriel africain depuis 1981. Ses 31,9 milliards de dollars selon l’indice Bloomberg lui confèrent le titre d’homme le plus riche d’Afrique, bâtie sur le ciment, le pétrole, le sucre et les engrais, ses quatre piliers stratégiques. Le magnat contrôle Dangote Group, un conglomérat fermé, possède 86 % de Dangote Cement, le plus grand producteur de ciment d’Afrique subsaharienne, et détient 92,3 % de sa raffinerie de pétrole évaluée à 20 milliards de dollars.
La production d’essence a chuté les prix au Nigeria de 22,3 % sur un an. Les Nigérians sentiront cette différence à la pompe avant même que l’IPO n’ouvre. Quatre à cinq mois : voilà le temps restant avant qu’ils ne deviennent propriétaires de celui qui abaisse leur facture énergétique.

