Washington visait la paix pour le 4 juillet 2026. Khartoum vient de refermer cette fenêtre. Le ministère soudanais des Affaires étrangères a rejeté lundi le plan américain de règlement du conflit, qualifiant l’initiative d’incompatible avec les intérêts nationaux du pays.
Souveraineté brandie comme bouclier
Cinq jours après sa présentation devant le Conseil de sécurité de l’ONU par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, la feuille de route américaine se retrouve dans l’impasse. Dans un communiqué publié lundi, Khartoum tranche net : «Toute proposition qui ne prendrait pas en compte les intérêts supérieurs du pays ne sera pas approuvée par le gouvernement et ne sera pas mise en œuvre.»
Le plan soumis par Boulos le 19 février articulait cinq étapes : trêve humanitaire immédiate, supervision onusienne de l’aide, cessez-le-feu permanent, transition vers un gouvernement civil, puis élections. Les Forces de soutien rapide (FSR), le camp paramilitaire adverse, avaient signifié leur accord de principe. L’armée soudanaise, elle, refuse.
Argument central de Khartoum : la médiation du Quartet — États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte — porterait atteinte à la souveraineté de l’État et favoriserait les FSR. Le gouvernement soudanais accuse notamment Abou Dhabi, membre du groupe, de livrer armes et drones aux paramilitaires — ce que les Émirats démentent.
Troisième année de guerre, mêmes blocages
Depuis avril 2023, le Soudan traverse une guerre opposant l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan aux FSR du général Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemedti. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts — jusqu’à 400 000 selon l’ancien émissaire américain pour le Soudan — et contraint plus de 13 millions de personnes à fuir leurs foyers. L’ONU qualifie la situation de pire crise humanitaire au monde.
Ce rejet ne constitue pas une première : en septembre 2025, Khartoum avait déjà écarté une proposition similaire du Quartet, et en novembre, al-Burhan avait publiquement qualifié un plan antérieur de Boulos de «pire de tous», accusant l’émissaire américain de vouloir «dissoudre les forces armées» et de laisser «les milices en place». Chaque initiative de médiation s’est heurtée à la même ligne rouge — l’armée conditionne tout cessez-le-feu à un retrait préalable complet des FSR des zones occupées.
Washington sous pression, calendrier compromis
Selon Bloomberg, la Maison Blanche s’était fixé le 4 juillet 2026 comme date cible pour la signature d’un accord de paix, un délai qui paraît désormais hors de portée. Boulos avait pourtant réuni 1,5 milliard de dollars de promesses de dons lors d’une conférence humanitaire début février à Washington, affichant une dynamique rare. Ce lundi, l’Union africaine et l’Arabie saoudite ont appelé depuis Addis-Abeba à une solution «durable» préservant l’unité de l’État soudanais, sans se prononcer sur le rejet de Khartoum. Le Programme alimentaire mondial avertit depuis début février d’une aggravation imminente de la famine dans vingt nouvelles zones du Darfour et du Kordofan. La prochaine réunion du Quartet ne dispose pas encore de date officielle.

