Le Togo lance une offensive diplomatique pour arracher l’Afrique au calendrier grégorien. Un colloque international, organisé prochainement à Lomé, esquissera les contours d’un calendrier africain libéré du poids colonial.
Le 24 février 2026, Lomé a relayé une ambition inédite. Le ministère togolais des Affaires étrangères appelle à l’émancipation calendérique du continent. Pas de simple proposition technique : un projet politique qui entend restaurer les systèmes de mesure du temps africains, actuellement éclipsés par le grégorien.
Depuis trois siècles et demi, le calendrier grégorien s’impose partout. Promulgué en 1582 par le Vatican, ce système a d’abord travaillé les empires catholiques. La conquête coloniale du continent noir — notamment depuis le Congrès de Berlin en 1885 — l’a implanté dans les administrations, écoles et économies africaines. Soixante-dix ans de présence européenne directe suffisaient : le grégorien devint normal, transparent, invisible. Il l’est resté après les indépendances.
Aujourd’hui, le Togo charge la Commission de l’Union Africaine d’une mission nouvelle. Un colloque réunira experts africains et diaspora pour redéfinir les dates majeures du calendrier continental. Les conclusions feront l’objet de recommandations adressées aux décideurs de l’UA en vue d’une « éventuelle décision et mise en œuvre ».
La souveraineté calendérique en question
Le gouvernement togolais l’énonce sans détour : « Partout dans le monde, les peuples ont conservé, parallèlement au système universellement reconnu, leurs propres systèmes de mesure du temps comme marqueurs de leur identité unique. La Chine célèbre son Nouvel An lunaire comme patrimoine mondial. Israël observe Roch Hachana. L’Afrique, elle, aligne ses fêtes sur le calendrier du colonisateur.»
L’enjeu dépasse la symbolique. Restaurer ses divisions traditionnelles du temps revient à revendiquer un droit de gouvernance oublié — celui de calibrer la conscience collective selon sa propre cosmogonie. Le Togo traduit explicitement comme un « objectif stratégique dans un monde multipolaire en émergence ». Décision politique, certes mais elle émane d’un processus. Le 9e Congrès panafricain, réuni à Lomé du 8 au 12 décembre 2025, avait déjà validé ces recommandations.
Vers un calendrier africain mondialisé
Le colloque devrait arrimer plusieurs objectifs. Le Togo entend « élever ses fêtes au rang de patrimoine mondial (à l’image du Nouvel An lunaire chinois ou de Roch Hachana) ». Plutôt que d’abolir le grégorien, il s’agirait de le compléter — de construire un système où l’Afrique affirme sa présence dans la définition même du temps universel.
La date précise du colloque ? Pas encore communiquée par le ministère togolais. Les recommandations iront à la Commission de l’Union Africaine. Son adoption par l’institution dépendra de cette décision. Mais le signal est lancé : le temps africain, longtemps externe à lui-même, entend se reprendre.
