Maduro pris en étau : l'Argentine entre dans la bataille judiciaire

Détenu aux États-Unis depuis son arrestation spectaculaire début janvier, Nicolás Maduro fait désormais face à une nouvelle menace juridique. L’ancien président vénézuélien, capturé lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier dernier au Venezuela, voit les poursuites s’accumuler contre lui. Alors qu’il doit déjà répondre d’accusations de narco-terrorisme et de complot pour trafic de cocaïne devant la justice fédérale de New York, Buenos Aires vient d’ouvrir un second front.

Ce mercredi 4 février, le juge fédéral Sebastián Ramos a transmis aux autorités américaines une demande formelle d’extradition. L’Argentine souhaite interroger l’ex-dirigeant dans le cadre d’une enquête pour crimes contre l’humanité, ouverte à la suite de plaintes déposées par plusieurs ONG, dont la fondation de George et Amal Clooney ainsi que le Forum argentin pour la défense de la démocratie.

La juridiction universelle, arme juridique de Buenos Aires

Cette démarche s’appuie sur un principe dans la Constitution argentine : la compétence universelle. Ce mécanisme permet aux tribunaux du pays de poursuivre les auteurs présumés de génocides ou de crimes contre l’humanité, quel que soit le lieu où ces actes ont été commis. Buenos Aires n’en est pas à son coup d’essai. Les magistrats argentins ont déjà ouvert des enquêtes visant des responsables militaires birmans pour les exactions contre les Rohingyas en 2021, puis le président nicaraguayen Daniel Ortega en 2022.

Publicité

Selon les conclusions de l’enquête argentine, le gouvernement vénézuélien aurait orchestré « un plan systématique de répression, de disparitions forcées, de torture, d’assassinats et de persécutions à l’encontre d’une partie de la population civile » depuis 2014.

Washington face à un dilemme diplomatique

La requête de Buenos Aires place les États-Unis dans une position délicate. Le traité d’extradition signé entre les deux pays en 1997 constitue le fondement juridique de cette demande. Toutefois, la justice américaine a ses propres comptes à régler avec l’ancien homme fort de Caracas. En août 2025, le département d’État avait porté la prime pour toute information menant à son arrestation à 50 millions de dollars, un montant record pour un chef d’État étranger.

L’avocat Tomás Farini Duggan, représentant le collectif d’ONG plaignantes, a confié à l’AFP que si Washington refusait l’extradition, les parties civiles demanderaient à pouvoir interroger Maduro directement sur le sol américain. Pour le Forum argentin pour la défense de la démocratie, cette demande d’extradition représente déjà une victoire symbolique : « Au-delà de cette résolution spécifique, il reste la satisfaction d’avoir tenu tête aux puissants en défendant farouchement les droits humains. »

Le président argentin Javier Milei, allié proche de Donald Trump, a salué la capture de Maduro par l’armée américaine. Cette convergence politique entre Buenos Aires et Washington pourrait peser dans les discussions à venir sur le sort judiciaire de l’ancien président vénézuélien.

Laisser un commentaire