Mali : la reprise de Loulo-Gounkoto pourrait rapporter 200 milliards FCFA

Après deux années de tensions et près d’un an d’arrêt total, le complexe minier de Loulo-Gounkoto a officiellement repris ses activités en décembre 2025. Cette relance marque la fin d’un bras de fer entre l’État malien et le géant canadien Barrick Gold, et ouvre la voie à des retombées économiques substantielles pour le pays. Selon les projections, la plus grande mine d’or du Mali devrait générer environ 200 milliards de francs CFA de revenus pour l’État en 2026.

Un conflit de deux ans finalement résolu

Le différend entre Bamako et Barrick Gold remonte à 2023, avec l’adoption d’un nouveau code minier renforçant la participation de l’État dans les revenus miniers. Les autorités maliennes réclamaient l’application de cette réforme, qui porte la part étatique de 20% à 35% dans les sociétés d’exploitation, tandis que Barrick contestait son application rétroactive.

La crise s’est intensifiée en 2024 et 2025 avec une série de mesures spectaculaires. En novembre 2024, quatre cadres de Barrick ont été arrêtés. En janvier 2025, les autorités ont procédé à la saisie de trois tonnes d’or, d’une valeur estimée à 400 millions de dollars. Face au blocage des exportations et à l’accumulation des tensions, Barrick a suspendu ses activités sur le site, privant le Mali de sa principale source de revenus aurifères.

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Le tribunal de commerce de Bamako a alors ordonné, en juin 2025, la mise sous administration provisoire du complexe pour six mois. Cette décision visait à maintenir la production et à préserver les emplois, mais a également accru les pressions sur le groupe canadien. De son côté, Barrick avait engagé une procédure d’arbitrage international devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

L’accord définitif a finalement été signé le 24 novembre 2025. Barrick a accepté de se conformer au nouveau code minier et de verser 253 millions de dollars (certaines sources évoquent jusqu’à 430 millions de dollars) pour solder le différend. En contrepartie, toutes les poursuites judiciaires ont été abandonnées, les quatre employés détenus ont été libérés en décembre, et les trois tonnes d’or saisies ont été restituées le 12 décembre 2025. Barrick a également retiré sa plainte d’arbitrage international. Le 18 décembre, l’entreprise canadienne a officiellement repris le contrôle opérationnel de la mine, et la production a redémarré dans les derniers jours de l’année.

Des revenus estimés à 200 milliards de FCFA pour 2026

La relance de Loulo-Gounkoto représente un enjeu économique majeur pour le Mali. Barrick prévoit une production comprise entre 260 000 et 362 500 onces d’or en 2026, soit une reprise progressive après l’arrêt prolongé. Pour mémoire, le complexe avait produit 723 000 onces en 2024 avant la suspension des activités, ce qui fait de cette année 2026 une phase de redémarrage plutôt qu’un pic de production.

Les retombées financières pour l’État malien devraient néanmoins être considérables. Selon nos estimations basées sur la production annoncée et les cours actuels de l’or (environ 2 900 dollars l’once), la reprise de Loulo-Gounkoto pourrait générer environ 200 milliards de francs CFA de revenus directs pour l’État en 2026.

Ce montant est calculé à partir de la production prévue (362 500 onces dans le scénario le plus optimiste), multipliée par le prix moyen de l’or, et en tenant compte de la nouvelle participation étatique estimée à 30% en moyenne. Il faut souligner que le prix de l’or a connu une hausse spectaculaire de 67% en 2025, atteignant parfois 3 500 dollars l’once, ce qui renforce considérablement l’attractivité du secteur aurifère.

Le ministre malien de l’Économie et des Finances a d’ailleurs confirmé des projections similaires. Selon ses déclarations, le nouveau code minier devrait permettre à l’État de percevoir 220 milliards de francs CFA par an provenant des deux mines de Barrick (Loulo et Gounkoto). Ce montant se décompose comme suit : 70 milliards de FCFA de taxe sur l’activité foncière (TAF), 20 milliards de FCFA d’impôt spécial sur certains produits, 80 milliards de FCFA de dividendes, 20 milliards de FCFA de contributions au fonds minier, et 25 milliards de FCFA grâce à la levée de l’exonération sur les produits importés par la mine.

Ces 200 milliards de francs CFA représentent environ 6,4% des recettes budgétaires totales du Mali, qui s’élèvent à 3 057 milliards de FCFA pour 2026 selon le projet de loi de finances. Il s’agit donc d’une contribution significative au budget national, d’autant plus importante que le secteur minier représente environ 10% du PIB malien et que l’or constitue 70 à 75% des exportations du pays.

Au-delà des revenus directs, la reprise de Loulo-Gounkoto génère également des retombées indirectes : maintien des emplois pour des milliers de travailleurs, activité pour les sous-traitants locaux, et dynamisation de l’économie locale dans la région de Kéniéba. Barrick a annoncé le lancement de programmes de formation obligatoires pour ses employés et sous-traitants afin d’assurer une reprise progressive et sécurisée de la production.

Cette relance intervient dans un contexte particulièrement favorable pour le Mali. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance économique de 5% à 5,4% en 2026, sous réserve d’un retour à la normale des activités minières. La production aurifère industrielle du pays avait chuté de 22,9% en 2025 en raison de l’arrêt de Loulo-Gounkoto, et sa reprise devrait donc contribuer significativement au rebond économique attendu.

Le nouvel équilibre trouvé entre Bamako et Barrick Gold montre une tendance continentale : de plus en plus d’États africains renégocient les contrats miniers hérités du passé pour mieux défendre leurs intérêts nationaux. Le Mali rejoint ainsi le Niger, la Tanzanie et la République démocratique du Congo dans cette démarche de souveraineté sur les ressources naturelles.

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