Donald Trump n’en est pas à sa première attaque contre Barack Obama et Michelle Obama. Celui qui avait porté pendant des années le mouvement « birther », accusant faussement le 44e président des États-Unis d’être né au Kenya et de détenir un certificat de naissance falsifié, a franchi un nouveau cap. L’année dernière déjà, le président américain avait partagé une vidéo générée par intelligence artificielle montrant Barack Obama arrêté dans le Bureau ovale. Son administration avait également diffusé des images truquées du leader démocrate Hakeem Jeffries affublé d’un faux sombrero et d’une moustache, des visuels qualifiés de racistes par l’intéressé lui-même. Ce jeudi 6 février 2026, en pleine semaine du Mois de l’histoire des Noirs, une publication sur Truth Social est venue raviver ces tensions avec une violence symbolique inédite.
La vidéo en question, d’environ une minute, s’ouvre sur des allégations infondées de fraude électorale lors de la présidentielle de 2020. Mais c’est sa séquence finale qui a déclenché une onde de choc : les visages de Barack et Michelle Obama y apparaissent superposés sur des corps de singes, tandis que retentit la chanson « The Lion Sleeps Tonight ». Cette imagerie renvoie directement à un procédé de déshumanisation historiquement utilisé pour justifier l’esclavage, les lynchages et les lois ségrégationnistes Jim Crow aux États-Unis.
Donald Trump assume la publication malgré le tollé bipartisan aux États-Unis
Publiée à 23h44 heure de la côte Est, la vidéo est restée visible pendant près de douze heures sur le compte du président américain. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a d’abord défendu la publication en la qualifiant de simple « mème internet » représentant Donald Trump en roi de la jungle et les démocrates en personnages du Roi Lion, invitant les critiques à « cesser leur fausse indignation ». Ce n’est qu’aux alentours de midi, vendredi, face à l’ampleur des réactions, que le post a finalement été supprimé, la Maison Blanche rejetant alors la responsabilité sur un membre du personnel.
Vendredi soir, à bord d’Air Force One en route vers Palm Beach, Donald Trump a livré sa version des faits aux journalistes. Le président a affirmé n’avoir visionné que le début de la vidéo, consacrée selon lui à la fraude électorale. « Je n’ai pas vu la totalité. J’ai regardé le début, c’était bien », a-t-il déclaré. Interrogé sur la séquence montrant les Obama, il a lâché : « Je suppose que vers la fin, il y avait une image que les gens n’aiment pas. Je ne l’aimerais pas non plus, mais je ne l’ai pas vue. »
La question des excuses a reçu une réponse sans équivoque. « Non, je n’ai pas commis d’erreur », a tranché le président, tout en assurant condamner « bien sûr » la partie raciste du contenu. Il a également indiqué qu’il ne comptait pas licencier le collaborateur incriminé.
Républicains et démocrates unis contre la vidéo raciste visant les Obama
La condamnation est venue des deux camps politiques, un fait suffisamment rare pour être souligné. Le sénateur républicain Tim Scott, seul élu noir du parti au Sénat et président du comité sénatorial républicain, a qualifié cette publication de « chose la plus raciste » qu’il ait observée émanant de la Maison Blanche, exigeant son retrait immédiat. Donald Trump a déclaré avoir échangé par téléphone avec le sénateur de Caroline du Sud, assurant que ce dernier avait « compris à 100 % » la situation.
D’autres voix républicaines se sont élevées avec fermeté. Le sénateur Roger Wicker du Mississippi a jugé la publication « totalement inacceptable ». Le représentant Brian Fitzpatrick de Pennsylvanie a exigé des « excuses claires et sans équivoque », qualifiant le post de « grave erreur de jugement ». Le représentant Mike Turner de l’Ohio a pour sa part estimé que ces images étaient « offensantes, déchirantes et inacceptables ». Les sénateurs John Curtis de l’Utah et Katie Britt de l’Alabama ont également condamné une vidéo qui, selon eux, « n’aurait jamais dû être publiée ».
Côté démocrate, le leader de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, n’a pas mâché ses mots, qualifiant Barack et Michelle Obama d’« Américains brillants, compatissants et patriotes » représentant « le meilleur de ce pays ». Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, a exigé des excuses présidentielles adressées directement au couple Obama. La NAACP, par la voix de son président Derrick Johnson, a dénoncé une vidéo « ouvertement raciste, dégoûtante et totalement méprisable ».
Face à cette tempête politique, les Obama ont choisi le silence. Ni l’ancien président ni l’ancienne première dame n’ont commenté publiquement l’incident, se contentant dans la soirée de vendredi de publier un message de soutien à l’équipe américaine. Une retenue qui contraste avec la défense assumée de Donald Trump, lequel s’est décrit comme « le président le moins raciste depuis longtemps », balayant toute inquiétude quant à l’impact de cette affaire sur le soutien des électeurs noirs au parti républicain.



