Russie : WhatsApp bloqué, le Kremlin donne les raisons

Les autorités russes ont officiellement confirmé, ce jeudi 12 février 2026, le blocage total de la messagerie WhatsApp sur l’ensemble du territoire national. Le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, a justifié cette mesure par le refus de l’entreprise américaine de se conformer à la législation locale. Plus de 100 millions d’utilisateurs russes se retrouvent ainsi privés de l’une des applications de communication les plus utilisées au monde. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à orienter la population vers des plateformes nationales, au premier rang desquelles figure l’application MAX. L’avenir de la communication numérique en Russie entre dans une phase d’incertitude majeure, entre souveraineté technologique revendiquée et restrictions croissantes des libertés numériques.

WhatsApp interdit en Russie : Moscou invoque le non-respect de la législation

La nouvelle a été officialisée par Dmitri Peskov devant les journalistes : la messagerie appartenant au groupe américain Meta ne fonctionne plus en Russie. Selon le porte-parole du Kremlin, les autorités compétentes avaient préalablement signalé à l’entreprise les manquements reprochés, avant de procéder à la mise en œuvre du blocage. La raison avancée tient au refus persistant de Meta de stocker les données des utilisateurs russes sur des serveurs situés sur le sol national, une obligation imposée par la loi sur la localisation des données adoptée en 2015. Peskov a toutefois entrouvert une porte en indiquant qu’un rétablissement du service demeurait envisageable, à condition que la firme californienne accepte d’engager des discussions avec les régulateurs russes et de se plier aux exigences en vigueur. En l’absence d’un tel rapprochement, le blocage semble destiné à perdurer sans échéance définie.

Du côté de WhatsApp, la réaction ne s’est pas fait attendre. Dès la veille, mercredi 11 février, l’entreprise avait publiquement dénoncé sur le réseau social X cette tentative de couper ses services, qualifiant la démarche de « recul » en matière de sécurité des communications. Un porte-parole de la filiale de Meta a insisté sur le fait que priver plus de cent millions de personnes d’un outil de messagerie chiffré ne pouvait qu’aggraver la vulnérabilité des citoyens concernés. L’entreprise a également affirmé poursuivre ses efforts pour maintenir la connexion de ses utilisateurs, sans toutefois préciser les moyens techniques envisagés pour contourner les restrictions imposées par le régulateur russe Roskomnadzor.

Publicité

La messagerie WhatsApp, un géant mondial déjà bloqué en Chine depuis 2017

Avec plus de deux milliards d’utilisateurs actifs mensuels répartis dans plus de 180 pays, WhatsApp s’est imposé au fil des années comme l’application de messagerie instantanée la plus utilisée de la planète. Lancée en 2009 puis rachetée par Facebook (devenu Meta) en 2014 pour près de 19 milliards de dollars, la plateforme a progressivement supplanté les SMS traditionnels grâce à sa gratuité, sa simplicité d’utilisation et son système de chiffrement de bout en bout introduit en 2016. En Inde, au Brésil, en Indonésie ou encore dans de nombreux pays africains et européens, l’application est devenue un outil du quotidien, servant aussi bien aux échanges familiaux qu’aux communications professionnelles ou aux transactions commerciales. Chaque jour, ce sont environ 100 milliards de messages qui transitent par ses serveurs, un volume qui témoigne de son ancrage profond dans les habitudes numériques mondiales.

La Russie n’est cependant pas le premier pays à bannir cette application de son territoire. La Chine a rendu WhatsApp inaccessible dès 2017, derrière son dispositif de censure numérique communément appelé « Grand Firewall ». Pékin a opté depuis longtemps pour un écosystème fermé dans lequel WeChat, développé par le géant Tencent, règne en maître avec plus d’un milliard d’utilisateurs. Devenue à la fois messagerie, réseau social, plateforme de paiement et portail de services, cette super-application chinoise montre précisément le modèle que Moscou semble chercher à reproduire avec MAX. La différence majeure réside dans le rythme : là où la Chine a bâti son verrouillage numérique de manière progressive sur plusieurs années, la Russie accélère considérablement le processus depuis le début du conflit en Ukraine en 2022. En Russie même, WhatsApp comptait parmi les deux services de messagerie les plus populaires aux côtés de Telegram, ce qui rend son interdiction d’autant plus brutale pour les habitudes numériques de la population.

L’application MAX, alternative russe à WhatsApp promue par le Kremlin

Au cœur de cette stratégie se trouve MAX, une application développée par le géant russe des réseaux sociaux VK et lancée en 2025. Présentée par les autorités comme une super-application intégrant des services administratifs et des fonctionnalités de commerce en ligne, elle revendiquait 75 millions d’utilisateurs fin décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, son installation est obligatoire sur tous les nouveaux appareils vendus dans le pays, tandis que les employés du secteur public, les enseignants et les étudiants sont tenus de l’utiliser dans leurs échanges professionnels. De nombreux services administratifs ne sont d’ailleurs plus accessibles que par son intermédiaire, réduisant considérablement les alternatives pour les citoyens russes. Cependant, des juristes et des experts en cybersécurité soulèvent des interrogations sérieuses sur cette plateforme, qui ne propose pas de chiffrement de bout en bout des conversations, contrairement à WhatsApp. Certains avocats russes alertent sur le risque que MAX serve d’instrument de surveillance à grande échelle, une accusation que les autorités rejettent catégoriquement.

Parallèlement au blocage de WhatsApp, les autorités ont annoncé en début de semaine des restrictions progressives visant Telegram, accusée des mêmes manquements vis-à-vis de la législation sur le stockage des données. Le fondateur de cette dernière, Pavel Dourov, a dénoncé mardi 10 février ces mesures, les considérant comme une atteinte directe à la liberté des citoyens. Cette offensive simultanée contre les deux messageries les plus populaires du pays s’ajoute aux blocages déjà effectifs de Facebook, Instagram, X, LinkedIn, YouTube et FaceTime d’Apple, interdit en décembre 2025. Pour de nombreux Russes, le recours aux réseaux privés virtuels (VPN) demeure la seule parade, bien qu’une législation récente en interdise désormais la promotion sur le territoire national. Entre la volonté affichée de souveraineté technologique et les critiques dénonçant un isolement numérique croissant, la Russie poursuit sa marche vers un écosystème internet de plus en plus cloisonné, dont les conséquences sur la liberté de communication de ses citoyens restent difficiles à mesurer pleinement.

Laisser un commentaire