Les syndicats agricoles français et espagnols demandent des comptes. Depuis que les douanes ont cessé de publier les chiffres réels des importations marocaines de tomates, les prix cassés persistent sur les marchés européens, alimentant une contestation.
Les données disparaissent, la pression monte
La Coordination espagnole des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG) a officiellement saisi les douanes espagnoles ainsi que la Direction générale de la fiscalité et de l’union douanière. Elle réclame la transmission rapide de données actualisées sur les flux commerciaux et dénonce une « situation inédite dans le contrôle des frontières européennes ».
L’alerte est partie de Paris. La Confédération paysanne a constaté que les données concernant les importations de tomates marocaines avaient disparu des sites de la Commission européenne et de la Direction générale des douanes. Cette suppression aurait logiquement dû faire grimper les prix, mais la tendance observée est au contraire inverse.
Les chiffres parlaient pourtant sans ambiguïté. Avant leur suppression, ils montraient le Maroc en première position : 491 908 tonnes de tomates expédiées vers l’Union européenne, soit 61% des importations totales. En 2023, la France s’en procurait 530 000 tonnes, 75% d’origine marocaine. Sur les étals, une barquette de 250 grammes affichait 0,99 euro—l’équivalent de 3,96 euros le kilo. À titre de comparaison, les tomates cerises françaises se négocient au même tarif auprès des grandes surfaces, avant de quadrupler en linéaire pour le consommateur, atteignant 8 à 10 euros le kilo.
Ce qui devrait se produire ne se produit pas. Les tomates marocaines et sahraouies continuent d’affluer à bas prix en France, malgré la disparition des chiffres publics qui documentaient leur arrivée.
Une alliance qui s’élargit
Bruxelles admet en creux l’existence d’un problème. Christophe Hansen, Commissaire européen à l’Agriculture et à l’Alimentation, a reconnu que certaines administrations douanières des États membres ne transmettaient pas les données exactes.
La Confédération paysanne renforce sa mobilisation et s’associe désormais à un syndicat agricole espagnol. Ces deux organisations entretiennent des liens avec le Polisario, ce qui élargit la portée du conflit : il ne se limite plus à une dispute franco-marocaine, mais prend désormais une dimension européenne.
Le ministère français de l’Action et des Comptes publics et la direction des douanes figuraient parmi les institutions convoquées pour ces rencontres urgentes. Les syndicats réclament des réponses rapides afin que cette opacité statistique ne devienne pas durable.



