Le 6 mars 2026, Mamadou Tangara, chef de la MISAHEL, s’est rendu au siège de la Commission de la CEDEAO à Abuja pour y rencontrer son président, Omar Alieu Touray. Objectif affiché : maintenir un canal de coordination entre l’Union africaine et la CEDEAO, malgré la séparation consommée avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Une rupture juridiquement close, une coopération techniquement maintenue
Le retrait des trois pays de la CEDEAO est définitif depuis le 29 juillet 2025, date d’expiration du délai de grâce de six mois accordé lors du sommet d’Abuja de décembre 2024. Ni la médiation du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, ni celle de son homologue togolais Faure Gnassingbé n’ont permis de ramener les trois juntes à la table.
La rupture institutionnelle n’a pourtant pas tout emporté. Selon la CEDEAO, les passeports des ressortissants des trois pays restent reconnus « jusqu’à nouvel ordre », et les échanges commerciaux continuent de bénéficier du Schéma de libéralisation des échanges de l’organisation. En mai 2025, un communiqué conjoint AES-CEDEAO signé à Bamako avait acté le principe d’une coopération minimale sur la lutte contre le terrorisme.
Sécurité transfrontalière : le dossier qui force le dialogue
C’est ce dossier sécuritaire qui donne toute sa portée à la visite de Tangara. La CEDEAO a activé sa force de réserve face à la progression de groupes armés jihadistes depuis les territoires de l’AES vers les pays côtiers — Bénin, Togo, Côte d’Ivoire. Des attaques transfrontalières dont les effets dépassent largement les frontières des États membres de l’Alliance.
Lors de cette réunion du 6 mars, les échanges ont porté sur la prévention des conflits, la gouvernance et la résilience économique, selon le communiqué de la Commission de la CEDEAO. La MISAHEL, bras opérationnel de l’UA dans la région, joue ici un rôle de courroie de transmission entre deux blocs qui ne se parlent plus directement.
L’UA comme seul intermédiaire encore accepté par tous
Quelques semaines avant Abuja, le 9 février 2026, Mamadou Tangara avait été reçu à Ouagadougou par le ministre burkinabè des Affaires étrangères. Il avait alors résumé la logique de sa mission en une formule : « Nos destins sont inextricablement liés. » Un déplacement qui s’inscrit dans une tournée diplomatique visant à maintenir l’UA comme seul espace de dialogue encore accepté par les trois pays de l’AES.
C’est cette position d’arbitre que Tangara est venu consolider à Abuja, comme le rapporte l’agence Anadolu. L’Union africaine serait ainsi la seule organisation multilatérale disposant encore d’un accès direct aux deux blocs.
