Depuis plusieurs années, la Chine conduit une modernisation militaire systématique couvrant simultanément les domaines naval, aérien, spatial et cyber. L’ensemble de ces préparatifs, documentés par le Pentagone et plusieurs institutions occidentales, dessine une stratégie cohérente visant à combler l’écart capacitaire avec les États-Unis dans chaque domaine de confrontation possible.
La plus grande marine du monde face à l’US Navy
Le rapport annuel du Pentagone sur la puissance militaire chinoise, publié en décembre 2024, établit que la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) compte désormais plus de 370 bâtiments, contre 296 pour l’US Navy au 30 septembre 2024. Cet écart numérique, acquis entre 2015 et 2020, s’accompagne d’une montée en gamme qualitative : nouveaux destroyers de type 055, troisième porte-avions Fujian équipé de catapultes électromagnétiques, et programme d’un quatrième bâtiment en construction. Le Pentagone projette une flotte chinoise de 435 unités d’ici 2030.
Les exercices militaires d’encerclement de Taïwan traduisent la finalité opérationnelle de cette expansion. Depuis août 2022 — suite à la visite de la présidente de la Chambre américaine Nancy Pelosi à Taipei — la Chine a conduit des manœuvres répétées simulant blocus et frappes coordonnées : en avril 2023 après la rencontre entre la présidente Tsai Ing-wen et le speaker Kevin McCarthy, puis en mai 2024 sous le nom « Joint Sword-2024A » en réaction à l’investiture du président Lai Ching-te. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) documente à chaque édition une extension géographique et une intensité croissantes de ces manœuvres.
Espace, cyber et économie de guerre
Au-delà du domaine naval, la Chine a démontré ses capacités antisatellites dès le 11 janvier 2007, en détruisant un satellite météorologique en orbite basse à l’aide d’un missile balistique lancé depuis le centre spatial de Xichang. Le Pentagone documente depuis lors le développement continu de systèmes de brouillage GPS et de neutralisation de satellites militaires adverses. Son rapport de décembre 2024 signale également que le réseau de satellites de surveillance chinois a triplé depuis 2018, atteignant plus de 359 unités dédiées au suivi des bâtiments militaires adverses.
Sur le plan cyber, l’opération Volt Typhoon, attribuée à des acteurs étatiques chinois par la CISA et le FBI dans des alertes conjointes publiées depuis 2024, a ciblé des infrastructures critiques américaines — réseaux électriques, eau, communications — dans ce que les autorités américaines ont qualifié de positionnement préalable à un conflit potentiel.
Sur le plan économique, Pékin a engagé depuis 2020 une politique de constitution de stocks stratégiques de matières premières et d’accélération de son autonomie en semi-conducteurs, dans le cadre de sa stratégie de double circulation visant à immuniser l’économie chinoise contre d’éventuelles sanctions occidentales en cas de conflit.
Les révélations Reuters et la réponse alliée
C’est dans ce cadre qu’interviennent les révélations de Reuters publiées le 24 mars 2026 : 42 navires de recherche chinois cartographient méthodiquement les fonds marins des océans Pacifique, Indien et Arctique, collectant des données sur la topographie, la température et la salinité — paramètres déterminants pour les opérations sous-marines. Neuf experts en guerre navale consultés par l’agence confirment la valeur militaire directe de ces travaux, menés sous couvert de recherche scientifique civile dans le cadre de la stratégie de fusion civilo-militaire de Pékin.
Face à l’ensemble de ces préparatifs, les États-Unis et leurs alliés ont accéléré leur repositionnement dans l’Indo-Pacifique. Le pacte AUKUS, conclu en septembre 2021 entre Washington, Londres et Canberra, prévoit la livraison de trois sous-marins à propulsion nucléaire de classe Virginia à l’Australie dès le début des années 2030. La prochaine édition du rapport annuel du Pentagone sur la puissance militaire chinoise, attendue au second semestre 2026, constituera la prochaine évaluation publique de référence sur l’évolution du rapport de force sino-américain.

