En Côte d'Ivoire, « le secteur privé doit agir pour l'insertion professionnelle des jeunes » (Dominique Amata)

Surfant depuis plusieurs années sur une croissance insolente, le pays d’Afrique de l’Ouest enregistre également un fort taux de chômage des jeunes et une écrasante prévalence du secteur informel. Pour appuyer l’État dans sa volonté de mieux former les jeunes Ivoiriens, des entreprises prennent le relais en offrant à la jeunesse du pays des perspectives d’avenir.

Il ne suffit pas, pour un pays, d’être la « locomotive économique » de sa région ; encore faut-il que tous les passagers montent à bord. La Côte d’Ivoire en sait quelque chose, elle dont le taux de croissance tutoie les 6-7 % depuis une dizaine d’années – avec des prévisions inchangées par le FMI pour 2026. Sur le papier du moins, tout semble en effet sourire au pays d’Afrique de l’Ouest : déficit ramené à 3 % du PIB, dette publique à 60 % du PIB, taux de chômage de 2,6 %… De quoi faire pâlir d’envie bien des économies développées.

Les jeunes Ivoiriens, grands oubliés du miracle économique ?

Mais en Côte d’Ivoire comme ailleurs, le Diable se niche dans les détails. Si le taux de chômage « officiel » est bel et bien faible dans le pays, il double chez les jeunes, pour atteindre 4,8 % ; un chiffre à mettre en regard avec la jeunesse de la population ivoirienne, 75 % des habitants du pays ayant moins de 35 ans. En Côte d’Ivoire, « la population active croît plus vite que les emplois », résume auprès de France 24 Germain Kramo, enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouët-Boigny.

La situation est, paradoxalement, encore plus délicate pour les jeunes diplômés, dont 15 % sont sans emploi. La faute, ici, à l’inadéquation entre les diplômes délivrés et les besoins réels des entreprises ivoiriennes. Un déséquilibre que reconnaît le ministre de la Promotion de la jeunesse, Mamadou Touré, selon qu’il persiste « une mauvaise orientation des jeunes au moment des études supérieures », et ce alors « qu’il existe de nombreux secteurs très porteurs, comme le BTP ou le numérique, où le pays manque de personnel qualifié ».

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Des initiatives gouvernementales pour l’emploi des jeunes

Une autre réalité se dissimule derrière ces données : celle, massive, des emplois informels, qui sont comptabilisés dans les statistiques officielles du chômage. Or en Côte d’Ivoire, près de neuf emplois sur dix (89 %) proviennent du secteur informel, qui concerne particulièrement les jeunes. S’il génère bien des emplois par millions, le secteur informel génère donc, avant tout, des emplois précaires, dont l’inhérente instabilité obère pour les jeunes Ivoiriens toute perspective de carrière et de stabilité à long terme.

Conscientes de cette problématique, les autorités ivoiriennes multiplient les initiatives pour favoriser l’emploi des jeunes. En 2016 a été lancé le Programme National de la Jeunesse, un cadre stratégique articulé autour de quatre axes majeurs : l’employabilité par le renforcement des compétences, l’entrepreneuriat via l’appui financier, l’insertion directe par la mise en relation avec le secteur privé, et enfin le civisme, par le renforcement de l’engagement citoyen. Cette dynamique s’est intensifiée au fil des ans. En 2025, l’Agence Emploi Jeunes a poursuivi le déploiement du programme THIMO (Programme des travaux à haute intensité de main d’œuvre), qui a permis à plus de 5 500 jeunes Ivoiriens de rejoindre le dispositif. Et début 2026 s’est tenue à Abidjan la cinquième édition du Forum de l’insertion professionnelle, qui accordait cette année une attention particulière à la question du mentorat.

Quand le secteur privé prend le relais

Dans un pays à la croissance si soutenue, le secteur privé prend souvent le relais des autorités publiques, y compris quand il s’agit de favoriser la formation et l’emploi, pérenne, des jeunes. Particulièrement dynamique, le secteur des services est un important recruteur en Côte d’Ivoire. Nombreuses sont les sociétés qui organisent ainsi régulièrement des sessions de formation thématiques. « Le secteur privé doit agir pour l’insertion professionnelle des jeunes. Les formations délivrées par des entreprises constituent dans cette optique un très bon levier, car elles permettent d’ajuster au mieux les compétences sur les besoins réels des filières », veut ainsi croire Dominique Amata, entrepreneur franco-ivoirien présent dans le pays depuis plus de trente ans.

Alors que la Côte d’Ivoire est en chantier permanent, le secteur du BTP est, lui aussi, pourvoyeur d’opportunités pour les jeunes. Le groupe Kaydan organisait ainsi en novembre dernier une cérémonie de remise des diplômes de l’École des Talents, une structure qui forme les jeunes Ivoiriens aux métiers de la construction. « Le symbole », selon le PDG de Kaydan, Alain Koffi, « d’une Côte d’Ivoire qui croit en sa jeunesse, qui ne se contente pas de créer des emplois mais qui choisit de créer des opportunités, des compétences et des experts ».

La jeunesse, « la plus grande richesse de la Côte d’Ivoire »

Créer des opportunités concrètes, durables et de qualité, et non de simples emplois informels mal rémunérés et sans perspectives de carrière, c’est tout le défi auquel est confronté le marché de l’emploi en Côte d’Ivoire. Un défi qui dépasse les seules compétences de l’État ivoirien pour concerner, au premier chef, les entreprises du secteur privé, qui ne pourront prospérer sans une jeunesse formée et motivée. Parce que, comme l’a rappelé l’ambassadeur allemand dans le pays à l’occasion de la cérémonie de l’École des Talents, « la jeunesse représente la plus grande richesse de la Côte d’Ivoire ».

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