Gabon : la France aurait bloqué une enquête sur des crimes contre l'humanité selon Marianne

Une instruction judiciaire ouverte à Paris sur les violences de 2016 au Gabon aurait été délibérément compromise par le ministère français des Affaires étrangères. L’hebdomadaire Marianne affirme, dans une enquête exclusive publiée ce 5 mars 2026, s’appuyer sur des documents internes établissant que le Quai d’Orsay aurait volontairement transmis à la gendarmerie des pièces diplomatiques expurgées, privant les enquêteurs d’éléments déterminants.

L’unité destinataire de ces documents, l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), instruit un dossier portant sur des actes de torture, des détentions arbitraires et des homicides commis lors de la répression qui avait suivi la présidentielle gabonaise contestée d’août 2016. Le régime d’Ali Bongo Ondimba avait alors mobilisé l’armée contre les partisans de l’opposant Jean Ping, dont le quartier général avait été pris d’assaut.

Une plainte déposée en France dès 2016

C’est un ressortissant franco-gabonais qui avait, le premier, saisi la justice française en septembre 2016. Son recours avait conduit le parquet de Paris à ouvrir formellement une instruction en avril 2017, retenant notamment les qualifications de torture et de tentative d’assassinat. Le juge d’instruction avait par la suite étendu le périmètre de l’enquête au chef de crime contre l’humanité, au motif qu’aucune investigation n’avait encore permis d’écarter cette qualification.

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La Cour pénale internationale, pourtant saisie par Libreville elle-même, avait conclu en septembre 2018 à l’insuffisance des éléments disponibles pour justifier l’ouverture d’une enquête formelle, classant le dossier sans suite.

Paris entre proximité historique et accusations d’entrave

Les relations franco-gabonaises reposent sur un demi-siècle de liens politiques et économiques étroits noués sous Omar Bongo, au pouvoir de 1967 jusqu’à sa mort en 2009. Le président gabonais entretenait des relations personnelles documentées avec plusieurs locataires de l’Élysée. L’affaire Elf-Aquitaine, jugée en France en 2003, avait établi l’existence de rétrocommissions impliquant des responsables français et gabonais identifiés, dans le cadre de contrats pétroliers conclus entre les deux pays.

À l’avènement d’Ali Bongo en 2009, ces réseaux n’avaient pas été démantelés. En 2016, face à la crise postélectorale, Paris avait adopté une posture de réserve, refusant de se prononcer sur la victoire revendiquée par Jean Ping et s’abstenant de toute condamnation publique de la répression. Cette neutralité avait été critiquée par plusieurs organisations de défense des droits humains.

Les documents publiés par Marianne suggèrent une possible obstruction organisée au niveau diplomatique, à une période où préserver les intérêts français au Gabon constituait une priorité pour Paris. Le ministère des Affaires étrangères n’a pas réagi publiquement aux révélations de l’hebdomadaire à ce stade.

Une instruction dont l’issue reste incertaine

Le renversement d’Ali Bongo par l’armée gabonaise en août 2023 avait profondément reconfiguré les relations franco-gabonaises sans relancer le dossier judiciaire parisien. La Transition gabonaise, dirigée par le général Brice Oligui Nguema, maintient avec Paris des liens étroits : la France a été l’un des premiers partenaires à renouer officiellement avec Libreville après le putsch, et plusieurs accords de coopération militaire et économique sont restés en vigueur.

L’aboutissement de l’instruction dépendra en partie des suites que le juge en charge du dossier entendra donner aux révélations de Marianne.

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