Gaz algérien : la France poussée dehors, la Thaïlande fait son entrée

Un décret présidentiel algérien publié au Journal officiel du 24 février 2026 officialise le retrait total du groupe énergétique français Engie du champ gazier de Touat, dans la wilaya d’Adrar, au sud du pays. Le texte approuve l’avenant n°5 au contrat d’exploitation signé en juillet 2002, conclu en novembre 2025 entre la compagnie nationale Sonatrach et la société E&E Algeria Touat B.V., filiale commune du partenariat.

La part de 22,1 % détenue par Engie est transférée à PTTEP, la compagnie pétrolière nationale thaïlandaise. La firme italienne ENI, déjà présente dans le consortium, récupère 8 % supplémentaires et porte sa participation à 42,9 %. Sonatrach conserve ses 35 %. L’intégralité du gaz produit sur le champ demeure commercialisée auprès de la compagnie algérienne, conformément aux dispositions du contrat de partage de production en vigueur.

Un champ stratégique au cœur du Sahara

Situé dans la région de Timimoun, le champ de Touat figure parmi les plus importants du pays. Sa capacité de production atteint 13 millions de mètres cubes de gaz par jour, soit plus de 4,5 milliards de mètres cubes par an. Les réserves restantes sont estimées à 1,92 trillion de pieds cubes de gaz naturel, auxquels s’ajoutent 5,4 millions de barils de condensats, selon les données disponibles.

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Le champ a connu une période difficile à partir de l’automne 2021, lorsqu’une contamination au mercure de l’unité de traitement a provoqué l’arrêt de la production. ENI a financé les opérations de décontamination, permettant une reprise progressive à partir du premier trimestre 2024. Depuis lors, le gisement a retrouvé son niveau de production nominal.

Un retrait sur fond de crise diplomatique

Depuis juillet 2024, date à laquelle la France a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, les relations entre Paris et Alger n’ont cessé de se dégrader. Expulsions réciproques de diplomates, rappel de l’ambassadeur de France, condamnation de ressortissants français par la justice algérienne, refus de laissez-passer consulaires : la crise est qualifiée par des sources diplomatiques françaises de « plus grande crise depuis l’indépendance » de 1962, selon Euronews.

Sur le plan économique, les échanges bilatéraux ont chuté à 5,4 milliards d’euros en 2024, contre 11,8 milliards l’année précédente, selon le Portail de l’Intelligence économique. Les entreprises françaises du secteur des hydrocarbures, dont TotalEnergies et Engie, avaient été explicitement identifiées comme exposées à d’éventuelles mesures de rétorsion algériennes. Avec l’entrée de PTTEP dans le consortium de Touat, l’Algérie confirme une orientation vers la diversification de ses partenaires étrangers.

La cession des parts d’Engie ayant été actée contractuellement en novembre 2025 et validée par décret en février 2026, le transfert effectif des droits à PTTEP reste subordonné à la finalisation des procédures administratives et réglementaires prévues par la législation algérienne sur les hydrocarbures.

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