La mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, annoncée le 28 février 2026 par les autorités iraniennes, a provoqué une hausse immédiate des marchés pétroliers mondiaux. Le Brent s’est établi autour de 79 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis plus d’un an, une évolution qui concerne directement le Nigeria dont le budget 2026 repose sur un prix nettement inférieur.
Selon l’agence Reuters, les tensions militaires entre l’Iran, Israël et les États-Unis ont fait craindre des perturbations d’exportations dans le Golfe persique, région clé de l’approvisionnement énergétique mondial. Pour le Nigeria, premier producteur africain de pétrole, cette hausse place le pays au-dessus de son seuil budgétaire fixé à environ 64,85 dollars le baril.
Un marché pétrolier sous tension après les frappes
Des opérations militaires ont visé des installations sécuritaires et stratégiques iraniennes, suivies de tirs de missiles et d’attaques de drones. Plusieurs compagnies maritimes ont modifié leurs routes commerciales et certains navires ont suspendu leur passage dans la zone. La perspective d’un blocage maritime partiel a alimenté une hausse rapide des contrats pétroliers.
Le quotidien britannique The Guardian rappelle qu’environ un cinquième du pétrole mondial transporté par mer passe par le détroit d’Ormuz, passage reliant le Golfe persique à l’océan Indien. Même sans interruption totale, la seule possibilité d’une perturbation réduit l’offre disponible pour les marchés.
Les investisseurs ont intégré ce risque dans les prix. La hausse s’est produite en quelques séances de cotation avant une stabilisation autour de 79 dollars. Le seuil des 80 dollars a même été brièvement dépassé lors des premières réactions boursières, toujours selon Reuters.
Le Nigeria au-dessus de son prix budgétaire
Cette évolution concerne directement le Nigeria. Le budget fédéral pour 2026 repose sur une hypothèse d’environ 64,85 dollars le baril. À un niveau proche de 79 dollars, chaque baril exporté rapporte davantage que prévu aux finances publiques.
Le pétrole reste la principale source de devises du pays. Les recettes tirées des exportations alimentent les réserves de change et permettent de financer les importations, notamment alimentaires et industrielles. Une hausse durable du prix du brut peut donc réduire le déficit budgétaire et faciliter le paiement de la dette extérieure libellée en dollars.
La situation demeure toutefois particulière : le Nigeria exporte du pétrole brut mais dépend encore largement de carburants raffinés pour son marché intérieur. Historiquement, une hausse du baril entraînait aussi un renchérissement de l’essence importée.
La raffinerie de Lekki modifie l’équation économique
L’entrée en service progressive de la raffinerie privée du groupe industriel Dangote à Lekki, près de Lagos, change partiellement cette mécanique. D’une capacité annoncée d’environ 650 000 barils par jour, elle doit permettre de transformer localement une part importante du brut nigérian.
La réduction attendue des importations d’essence pourrait limiter la sortie de devises et atténuer l’effet inflationniste traditionnel d’un pétrole cher. Le gouvernement nigérian a envisagé des transactions de brut contre produits raffinés sur le marché intérieur afin de réduire les paiements en dollars.
La Banque centrale du Nigeria surveille particulièrement ce point : une entrée accrue de devises combinée à une baisse des importations énergétiques pourrait réduire la pression sur le naira, la monnaie nationale.
Reste un facteur déterminant : la production réelle. Le pays demeure confronté à des sabotages d’oléoducs et à des vols de pétrole, ce qui limite parfois ses exportations. Le bénéfice d’un prix élevé dépend donc de sa capacité à maintenir ses volumes.
À court terme, l’évolution du marché pétrolier dépendra de la situation militaire dans le Golfe et de la sécurité du détroit d’Ormuz. Toute perturbation durable des exportations régionales pourrait maintenir les cours élevés dans les prochaines semaines.