Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a exhorté lundi 30 mars son homologue américain Donald Trump à mettre fin aux opérations militaires en Iran, lors de la conférence internationale sur l’énergie EGYPES 2026 au Caire. « Je dis au président Trump : personne ne peut arrêter la guerre dans notre région du Golfe à part vous », a-t-il déclaré devant les participants, selon le média égyptien Al Ahram. C’est la première fois qu’un chef d’État étranger s’adresse aussi directement au président américain sur ce conflit depuis son déclenchement.
Un double choc économique pour l’Égypte
L’appel de Sissi s’explique d’abord par les répercussions directes du conflit sur l’économie égyptienne. Selon ses propres déclarations à EGYPES, la guerre génère deux chocs successifs : une pénurie de l’offre énergétique suivie d’une hausse des prix dont « l’ampleur n’a pas encore été ressentie ». Il a averti que le baril de pétrole pourrait dépasser les 200 dollars, précisant que cette projection n’était « pas une exagération ». Le Caire a déjà pris des mesures d’urgence : couvre-feu commercial à 21h et réduction de l’éclairage public pour limiter la consommation d’énergie.
Le canal de Suez aggrave encore l’équation. Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février par une attaque américano-israélienne sur l’Iran, MSC, Maersk et CMA CGM — les trois premiers armateurs mondiaux — ont suspendu le transit par le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, préférant le contournement de l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance. La voie maritime égyptienne, déjà fragilisée par deux ans d’attaques houthies en mer Rouge depuis octobre 2023, subit un second choc.
Un conflit qui s’étend et résiste aux tentatives de médiation
Sur le terrain, la guerre a fait près de 3 500 morts en Iran selon l’ONG HRANA (Human Rights Activists News Agency), sur la base des données compilées depuis le premier mois de conflit. L’ONG Acled a recensé près de 2 300 bombardements américains et israéliens et 1 160 frappes iraniennes en représailles sur la même période. Les bombardements se sont intensifiés ce week-end sur Téhéran, provoquant des coupures d’électricité signalées par des journalistes de l’AFP sur place.
Les tentatives de sortie de crise peinent à aboutir. Le Pakistan s’est positionné comme facilitateur de discussions indirectes entre Washington et Téhéran, transmettant un plan en quinze points à l’Iran. L’Égypte et la Turquieapportent leur soutien à cette initiative selon Islamabad. Trump a durci le ton lundi sur son réseau Truth Social, menaçant d’anéantir les centrales électriques iraniennes, les puits de pétrole et l’île de Kharg si le détroit d’Ormuz n’est pas rouvert et si les discussions n’aboutissent pas « rapidement ». Le chef de la diplomatie iranien Abbas Araghchi a réaffirmé que Téhéran n’avait « pas l’intention de négocier » sous la pression des frappes.
Trump a fixé au 6 avril la prochaine échéance avant une éventuelle escalade supplémentaire contre les infrastructures énergétiques iraniennes.



