Un député algérien veut interdire l’accès aux sites pornographiques sur l’ensemble du territoire national. La proposition de loi, déposée par Youcef Adjissa, élu du Mouvement de la société pour la paix (MSP), a franchi une première étape institutionnelle le 2 mars 2026 : le bureau de l’Assemblée populaire nationale (APN) l’a transmise au gouvernement pour examen, selon Algerie360.
Les fournisseurs internet en première ligne
Le texte impose aux opérateurs télécoms des obligations techniques directes. Dès notification d’une décision de blocage, les fournisseurs d’accès à internet seraient tenus d’appliquer les mesures immédiatement et de mettre à jour régulièrement leurs systèmes de surveillance. Tout manquement les exposerait à des poursuites judiciaires.
Les sites visés sont ceux diffusant des contenus sexuels explicites ou portant atteinte à la décence publique, qu’ils soient hébergés en Algérie ou accessibles depuis l’étranger. Le projet identifie également les autorités compétentes pour ordonner ces blocages, afin d’éviter tout conflit de compétences.
Peines de prison pour les contournements
Le texte prévoit des sanctions pénales à l’encontre de toute personne utilisant des outils techniques pour contourner les systèmes de blocage — dont les VPN. Les individus facilitant l’accès à ces sites ou en faisant la promotion par voie électronique seraient également poursuivis. Les entreprises contrevenantes risqueraient des amendes et des sanctions administratives pouvant aller jusqu’au retrait de leurs licences.
Adjissa invoque la protection des mineurs, citant des risques d’addiction, d’isolement et de baisse des performances scolaires. Il évoque aussi des liens supposés entre certaines plateformes et des formes de cybercriminalité transnationale.
La France, précédent européen à double tranchant
L’Algérie n’est pas seule face à cette question. En France, la loi SREN du 21 mai 2024 a confié à l’Arcom le pouvoir de bloquer tout site pornographique ne vérifiant pas l’âge de ses utilisateurs. Le 4 juin 2025, Pornhub, YouPorn et RedTube — propriétés du groupe Aylo — ont préféré suspendre leur accès depuis le territoire français plutôt que de se soumettre au nouveau cadre légal, selon un communiqué de l’Arcom. L’autorité française avait constaté que chaque mois, plus de deux millions de mineurs visitaient ces plateformes.
Ce précédent montre une limite structurelle : les blocages poussent massivement vers les VPN. Selon Proton VPN, les inscriptions à ce service ont bondi de 1 000 % en France dès la suspension des trois sites.
Ce qu’il reste à décider
Le gouvernement algérien devrait adopter le texte, le modifier ou proposer des ajustements avant un retour au Parlement pour discussion et vote, selon Algerie360. Aucune date de passage en séance plénière n’a été communiquée à ce stade.

