Alors que le XXIe siècle se voulait celui de l’intelligence artificielle, de la conquête spatiale et du progrès social, un voile sombre semble recouvrir la conscience humaine. Au Bénin, comme dans de nombreux pays du continent et d’ailleurs, une série de crimes odieux secoue l’opinion publique. Sacrifices humains, infanticides, crimes rituels, viols sur mineurs. Au-delà des guerres et des catastrophes naturelles, l’espèce humaine semble engagée dans une forme d’auto-mutilation morale. Une question fondamentale se pose : qu’est-il arrivé à notre humanité ?
Le phénomène n’est plus marginal, il devient une épidémie silencieuse. Des corps sans vie retrouvés mutilés, des enfants arrachés à l’affection de leurs parents pour des rites obscurs, des proches sacrifiés sur l’autel d’une prospérité illusoire. L’idée reçue, mais dévastatrice, selon laquelle on peut bâtir une fortune sur le sacrifice d’un semblable gagne du terrain dans l’esprit de certains jeunes en quête de raccourcis sociaux.
Qui a inoculé ce poison dans l’esprit des humains ? Pourquoi cette conviction que le sang d’autrui peut se transformer en billets de banque ? Cette dérive n’est pas seulement le signe d’une pauvreté matérielle, elle est le symptôme d’une pauvreté spirituelle et éthique. Dans une société où le « paraître » prime sur « l’être », où l’avoir est devenu l’unique mesure de la réussite, le respect de la vie humaine s’efface devant l’obsession de la richesse immédiate.
L’effondrement des remparts sociaux et éducatifs
L’humanité de l’homme ne naît pas ex nihilo ; elle s’apprend, se cultive et s’entretient. Autrefois, la communauté, la famille élargie et les structures traditionnelles servaient de garde-fous. Le respect de la vie sacrée était au cœur de l’éducation. Aujourd’hui, ces remparts s’effritent.
L’éducation moderne, souvent réduite à l’acquisition de compétences techniques pour le marché de l’emploi, délaisse trop souvent la formation de la conscience. Les réseaux sociaux, tout en étant des outils de progrès, deviennent parfois des caisses de résonance pour des pratiques occultes, vantant des modes de vie luxueux dont l’origine reste trouble et poussant les plus fragiles vers l’irréparable. Le passage à l’acte barbare est le stade ultime d’une désocialisation où l’autre n’est plus un frère, mais une « ressource » ou un « obstacle ».
Comment interdire à un enfant de 5 ans d’aller chez son oncle, le petit frère de son papa, qui plus est, vit dans la même concession qu’eux ? Qui peut croire qu’une mère soit capable d’arracher la vie de sa propre progéniture, qu’un père soit en mesure de sacrifier son enfant ou son épouse, ou qu’un oncle, une tante, un frère, une sœur puisse livrer sa nièce, son neveu, son frère ou sa sœur pour devenir riche ? Ne devrait-on plus laisser ses frères venir chez soi ou jouer avec ses enfants ? Ne devrait-on plus envoyer ses enfants en vacance chez des proches parents ? Nous savons que désormais il faut trier ses amis sur le fil du rasoir, ce qui est malheureux. Mais que les parents directs deviennent eux aussi des loups à fuir, il y a un vrai problème. L’homme n’est – il pas entrain de perdre la raison ?
Une crise de sens globale
Ce siècle est marqué par une accélération vertigineuse du temps et une atomisation des individus. En dehors des guerres et des calamités climatiques qui frappent déjà durement l’espèce, cette violence « interne » témoigne d’une profonde crise de sens. L’homme semble avoir perdu sa boussole morale.
L’atrocité devient une banalité pour ceux qui ont perdu tout lien avec le sacré. Lorsqu’on ne croit plus en rien, pas même en la dignité intrinsèque de la vie, tout devient permis. L’infanticide, crime suprême contre l’avenir, illustre cette rupture totale : sacrifier ce que l’on a de plus cher pour satisfaire un ego assoiffé de pouvoir ou d’argent est le signe d’une humanité qui se dévore elle-même.
Il serait trop simple de ne blâmer que les auteurs de ces crimes. La responsabilité est collective. Les leaders religieux et traditionnels doivent intensifier leurs discours contre ces dérives et déconstruire les mythes de la « richesse par le sang ». Le système éducatif doit réintégrer l’éthique et l’empathie comme matières fondamentales dès le plus jeune âge. La justice doit se montrer implacable. L’impunité ou la lenteur judiciaire nourrissent parfois le sentiment que l’on peut défier les lois de la vie sans conséquence.
Mais au-delà de la justice, il y a un vrai travail de conscientisation et d’éducation à faire. Il est temps de rappeler cette vérité universelle : aucune richesse bâtie sur la souffrance d’autrui ne peut être durable ou apporter la paix.
L’Afrique a offert au monde le concept d’Ubuntu (« Je suis parce que nous sommes »). Si l’autre meurt par ma main, une part de moi-même s’éteint également. Retrouver notre humanité, c’est redécouvrir que la vie de l’autre est le miroir de la nôtre. Le progrès de ce siècle ne sera réel que s’il s’accompagne d’un réveil des consciences, pour que plus jamais un humain ne pense pouvoir s’élever en piétinant l’existence de son prochain.




« L’homme semble avoir perdu sa boussole morale »
Les religions ne sont que des béquilles mais elles font le job en tant que boussole morale. Elles nous montrent comment éviter la voie qui mène à la barbarie et l’ensauvagement.