Des soldats du contingent français de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) ont été pris pour cible par l’armée israélienne samedi 29 mars, dans le secteur de Naqoura, dans le sud du Liban. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a officiellement confirmé ces incidents lundi soir, sans faire état de blessés.
Trois incidents distincts en une seule journée
Selon les informations rapportées par BFMTV, les faits se sont déroulés en trois séquences distinctes au cours de la même journée. Le général Paul Sanzey, chef d’état-major de la FINUL, et son assistant auraient été confrontés à des soldats israéliens à leur retour de Beyrouth : ces derniers auraient braqué leurs armes sur eux et les auraient contraints à quitter la zone, avant qu’ils puissent rejoindre Naqoura. Plus tard dans la journée, des militaires français en mission de ravitaillement auraient essuyé des tirs directs. Un tir de char israélien aurait également visé un bataillon franco-finlandais rattaché à la Force Commander Reserve de la FINUL. L’ensemble de ces éléments reste formulé au conditionnel, aucune confirmation opérationnelle indépendante n’ayant été publiée à ce stade.
Paris convoque l’ambassadeur d’Israël et demande une réunion d’urgence à l’ONU
Jean-Noël Barrot a qualifié ces incidents d’« inacceptables et injustifiables », soulignant que les procédures de déconfliction — les mécanismes de coordination destinés à éviter les incidents entre forces onusiennes et armée israélienne — avaient été respectées par le contingent français. Ces condamnations ont été signifiées avec la plus grande fermeté à l’ambassadeur d’Israël à Paris. Le ministre a simultanément réclamé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ces incidents surviennent alors que la FINUL, qui déploie près de 8 200 soldats issus de 47 pays entre le fleuve Litani et la frontière libano-israélienne, enregistre une succession de pertes dans ses rangs. Trois Casques bleus indonésiens ont été tués en moins de 24 heures, dans des circonstances que l’armée israélienne dit encore examiner pour déterminer si ses tirs ou ceux du Hezbollah en sont à l’origine.
Une friction supplémentaire dans des relations franco-israéliennes déjà dégradées
Ces incidents surviennent après une séquence de tensions diplomatiques continues entre Paris et Tel-Aviv depuis le 7 octobre 2023. Après avoir exprimé sa solidarité initiale avec Israël, Emmanuel Macron a progressivement pris ses distances face à la conduite des opérations militaires à Gaza et au Liban. La reconnaissance de l’État palestinien par la France en septembre 2025 a encore détérioré une relation déjà fragilisée. Paris avait également gelé ses exportations d’équipements de sécurité vers Israël en octobre 2024, une décision qui avait provoqué des réactions vives de la part des autorités israéliennes.
À cette situation s’ajoute un incident survenu deux jours avant les faits de Naqoura. Le dimanche 29 mars, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, et le custode de Terre sainte, le père Francesco Ielpo, ont été bloqués par la police israélienne à l’entrée de l’église du Saint-Sépulcre, les empêchant de célébrer la messe du dimanche des Rameaux — un fait qualifié d’inédit depuis des siècles par les autorités catholiques locales. Emmanuel Macron a condamné cette décision, la reliant à ce qu’il décrit comme « une multiplication préoccupante des violations du statut des lieux saints de Jérusalem ». La France exerce depuis le XIXe siècle une tutelle historique sur plusieurs sites chrétiens à Jérusalem, héritage diplomatique que Paris défend systématiquement.
Une présence française au Liban ancrée dans l’histoire
La France est présente au Liban dans le cadre de la FINUL depuis 1978, et arme la Force Commander Reserve, unité d’intervention rapide opérant entre la ligne bleue et le fleuve Litani. Elle compte également 20 350 ressortissants sur place, pour la plupart des binationaux. Cet engagement militaire traduit une relation bilatérale construite sur plusieurs siècles : les liens franco-libanais trouvent leur origine dans l’intervention française de 1860, qui a constitué le socle d’une influence culturelle durable, faisant de la France un pays souvent qualifié de « pays frère » du Liban.
C’est précisément cette imbrication — présence militaire, ressortissants, lieux saints, liens historiques avec Beyrouth — qui rend les incidents de Naqoura politiquement plus lourds pour Paris que pour tout autre pays contributeur de la FINUL. La réunion d’urgence du Conseil de sécurité demandée par la France doit se tenir mardi. Ses conclusions pourraient déboucher sur une prise de position formelle des Nations Unies sur les conditions d’opération de la FINUL dans le sud du Liban.
