Quarante-sept ans après sa première prise de fonction, Denis Sassou Nguesso gouvernera le Congo-Brazzaville jusqu’en 2031. Le ministère de l’Intérieur a annoncé le 17 mars des résultats provisoires lui attribuant 94,82 % des suffrages exprimés lors du scrutin du 15 mars, avec un taux de participation officiel de 84,65 %. La Cour constitutionnelle doit encore valider ces chiffres.
Un résultat sans suspense, dans un pays sous black-out
Bien avant l’annonce des résultats, le dénouement ne faisait guère de doute. Les principales formations d’opposition avaient collectivement refusé de prendre part au vote, jugeant les conditions du scrutin incompatibles avec un processus démocratique crédible. Les sept candidats retenus par la Cour constitutionnelle étaient pour la plupart peu implantés sur le terrain, sans capacité réelle à peser sur l’issue du vote.
Le jour du scrutin, dès l’aube, les réseaux téléphoniques et internet ont été suspendus sur l’ensemble du territoire — une pratique déjà employée lors des élections précédentes. Cette coupure a rendu toute évaluation indépendante de la participation impossible à l’échelle nationale. À Brazzaville, des habitants privés de connexion auraient cherché à capter depuis les rives du fleuve le signal mobile en provenance de la République démocratique du Congo.
Le contraste entre la mobilisation officiellement revendiquée et la réalité observée dans la capitale interpelle. Plusieurs résidents du quartier Bacongo, réputé pour son attachement à l’opposition, auraient indiqué qu’ils ne se rendraient pas aux urnes, exprimant une lassitude profonde à l’égard du système en place.
Sur le plan constitutionnel, le mandat qui s’ouvre devrait être le dernier autorisé pour Sassou Nguesso. La révision de 2015, qui avait supprimé la limite d’âge de 70 ans applicable aux candidats, n’a pas levé la règle encadrant le nombre de mandats. La question de sa succession s’impose donc comme l’enjeu politique central de la prochaine décennie, dans un pays où la rente pétrolière finance l’État mais où près de la moitié de la population demeure sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.
Les résultats provisoires doivent être confirmés par la Cour constitutionnelle congolaise.

