Deux valises bourrées de liasses de dollars, un vol intérieur et aucune déclaration aux autorités : le samedi 21 mars 2026, les agents de sécurité de l’aéroport international de N’Djili, à Kinshasa, interceptent une somme colossale en espèces dissimulée dans les bagages de deux passagers. Ceux-ci s’apprêtaient à embarquer à bord d’un vol Congo Airways à destination de Butembo, dans l’est du pays, avec une escale prévue à Kisangani.
Le montant initialement communiqué — environ 1,9 million de dollars — a depuis été revu à la hausse. Dans un communiqué daté du 23 mars, le ministère de la Justice fixe le total des fonds interceptés à 3 532 000 dollars américains, une correction rendue possible après que les investigations menées par les services compétents ont permis de retracer l’ensemble des liquidités impliquées.
Une injonction directe au sommet du parquet
Informé le jour même de la saisie, le ministre d’État à la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, adresse dès le 22 mars une correspondance officielle au Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, avec copie à la Première ministre, au ministre des Finances, au gouverneur de la Banque centrale du Congo et à la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF). Le ministre évoque des soupçons de « manipulation irrégulière, voire de partage » des fonds, qualifiant la situation de hautement sensible pour l’ordre public.
Les mesures ordonnées sont immédiates : mise sous scellés en présence d’officiers de police judiciaire, établissement d’un procès-verbal contradictoire, consignation des fonds à la Banque centrale. Le tout encadré par l’article 25 de la loi relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Plusieurs qualifications pénales seraient envisagées — détournement de biens saisis, corruption, entrave à la justice et blanchiment de capitaux.
Identité et origine des fonds, les questions qui restent sans réponse
Quatre jours après les faits, l’identité des deux passagers n’a toujours pas été rendue publique par les autorités congolaises. L’origine des 3,5 millions de dollars et leur destination réelle à Butembo — une ville de l’est du pays toujours marquée par les violences — demeurent inconnues. Le Procureur général n’a formulé aucune déclaration publique en réponse aux injonctions du ministre.
L’affaire survient alors que la RDC revendique près de 90 % d’exécution de son plan d’action dans le cadre du processus de sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). Les résultats de l’enquête judiciaire, dont le calendrier n’a pas été précisé, constitueront un premier indicateur sur la suite donnée au dossier.
