C’est un fait divers qui revient avec une régularité glaçante dans nos colonnes : un adolescent qui avale du poison après une réprimande, une jeune fille qui se jette dans un puits suite à une mauvaise note ou une dispute familiale. Au Bénin, face à ces tragédies, le réflexe collectif est souvent le même : on invoque le « mauvais sort », la « main invisible » d’un sorcier ou un mystère insondable. Pourtant, derrière le voile du mysticisme se cache une réalité sociologique bien plus concrète et dévastatrice : l’absence quasi totale de dialogue véritable entre parents et enfants.
Dans la structure familiale traditionnelle béninoise, l’éducation repose encore largement sur un modèle vertical et unidirectionnel. Le parent est le détenteur absolu de la vérité et de l’autorité. Dans ce schéma, l’enfant n’est pas un interlocuteur, mais un sujet qui doit exécuter. Le constat est amer : l’imposition comme règle, la parole interdite, le complexe du dominé. Tout vient d’en haut. Qu’il s’agisse de l’orientation scolaire, des tâches ménagères ou des fréquentations, les décisions tombent comme des sentences. L’adage « l’enfant ne parle pas quand les grands parlent » est souvent détourné de son sens initial (le respect) pour devenir une véritable muselière émotionnelle. L’enfant grandit dans un état de soumission permanente où son avis n’a aucun poids, créant un sentiment d’inutilité profonde. Le dialogue, quand il existe, prend trop souvent la forme d’un affrontement. Au lieu d’expliquer, on ordonne. Au lieu de conseiller, on fustige. Plus grave encore, les propos tenus par certains parents sont d’une violence psychologique inouïe. Sous le couvert de la « correction », des mots rabaissants, insultants et déstructurants sont lancés : « Tu ne serviras à rien », « Tu es ma malédiction », « Regarde tes camarades, toi tu n’es rien ». Ces phrases ne sont pas de simples éclats de voix ; elles s’inscrivent dans l’inconscient de l’enfant comme des vérités absolues. À force de s’entendre dire qu’il est un échec, l’enfant finit par croire que sa vie n’a aucune valeur. C’est ici que le germe du suicide trouve son terreau le plus fertile. « Les mots des parents ont le pouvoir de construire des cathédrales ou de creuser des tombes dans l’esprit d’un enfant. »
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