Le Premier ministre belge Bart De Wever a plaidé, ce samedi 14 mars 2025, pour que l’Europe négocie un accord avec la Russie afin de mettre fin à la guerre en Ukraine. Ses déclarations, publiées dans le quotidien économique belge L’Echo, constituent une prise de position publique tranchée, au moment où les Européens cherchent à peser sur des pourparlers de paix dont Washington semble vouloir tenir les rênes.
« Comme on n’est pas capable de menacer Poutine en envoyant des armes à l’Ukraine et qu’on ne peut pas l’étouffer économiquement sans l’appui des États-Unis, il ne reste qu’une méthode : faire un deal », a déclaré De Wever dans cet entretien.
Trois ans de sanctions sans capitulation russe
Le raisonnement du chef du gouvernement belge repose sur un constat partagé par plusieurs experts : les sanctions occidentales n’ont pas conduit Moscou à interrompre son offensive. Depuis février 2022, l’Union européenne a adopté dix-huit trains de sanctions successifs, restreignant les exportations de plus de 2 000 produits vers la Russie, gelant les avoirs de la Banque centrale russe, et imposant un plafonnement du prix du pétrole.
L’effondrement de l’économie russe anticipé par les Occidentaux ne s’est pas produit. Entre le contournement des mesures restrictives et la réorganisation des flux commerciaux au profit de la Chine, le PIB russe a progressé de 3,6 % en 2023, après une récession limitée en 2022, une croissance largement alimentée par les dépenses militaires.
Selon le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), les sanctions ont néanmoins contraint Moscou à payer significativement plus cher ses importations, notamment pour les biens à usage militaire. Le prix des importations russes en provenance des pays n’ayant pas imposé de sanctions a augmenté de 22 % depuis le début de la guerre, et de 122 % pour les produits stratégiques.
Selon un rapport de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN publié en 2024, la Russie a construit une économie de guerre de plus en plus isolée, financée par ses recettes énergétiques et un volume record de dépenses publiques, tout en s’appuyant sur la Chine, l’Iran et la Corée du Nord pour contourner les restrictions technologiques.
L’Europe absente de la table des négociations
La crainte de De Wever dépasse la seule question des sanctions. Il estime que sans mandat collectif européen pour négocier à Moscou, les Américains fixeront eux-mêmes les termes d’un accord, sans tenir compte des intérêts européens. « Je pense parfois qu’ils sont plus proches de Poutine que de Zelensky », a-t-il dit au sujet de l’administration Trump, ajoutant que l’Europe risque d’être absente d’une table où « ce sera un mauvais accord pour nous ».
La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a défendu une approche différente : les Européens devraient d’abord s’accorder entre eux sur leurs exigences minimales avant tout contact direct avec Moscou. Cette position contraste avec celle de plusieurs capitales, dont Paris, qui multiplient les initiatives bilatérales en direction du Kremlin.
Le prochain Conseil européen, prévu fin mars 2026, devrait être l’occasion pour les Vingt-Sept de tenter de s’aligner sur une position commune avant toute relance formelle de négociations sur le dossier ukrainien.

