Le rappeur Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, a été jugé ce mercredi 1er avril devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal correctionnel de Paris pour cyberharcèlement aggravé et injures publiques à caractère discriminatoire. Absent à l’audience, il encourt huit mois de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et un stage de lutte contre la haine en ligne, selon les réquisitions de la procureure Quitterie Cesari. Le délibéré est attendu le 2 juin 2026.
Une journaliste ciblée après un article de fact-checking
Tout part du 26 janvier 2024. Linh-Lan Dao, journaliste à France Télévisions, publie un article de vérification scientifique dans la rubrique Vrai ou Faux de franceinfo.fr, démontrant l’absence de lien entre les vaccins à ARN messager et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, un lien que Booba avait relayé sur le réseau social X. En réponse, le rappeur, dont le compte X dépasse les six millions d’abonnés, publie plusieurs messages ciblant la journaliste, dont certains font explicitement référence à ses origines vietnamiennes. L’un d’eux, accompagné d’une photo dévalorisante de Linh-Lan Dao, évoque un « bon wok de légumes ». S’ensuit, selon la journaliste, plusieurs semaines de messages haineux — sexistes, racistes, transphobes — envoyés par des internautes.
À la barre, Linh-Lan Dao a décrit les répercussions concrètes sur sa vie professionnelle et personnelle. Son médecin l’a arrêtée pendant sept jours. «J’estime avoir été jetée en pâture à ses six millions d’abonnés, tout ça parce que j’ai fait mon travail», a-t-elle déclaré. La procureure a relevé que le rappeur était déjà sous contrôle judiciaire pour des faits de cyberharcèlement visant l’influenceuse Magali Berdah lorsqu’il a commis les faits reprochés — une mise en examen datant d’octobre 2023.
Une deuxième absence qui interroge
Booba n’a pas comparu. Il s’agit de sa deuxième absence consécutive : une première audience avait déjà été reportée au 3 décembre 2025, son avocate Marie Roumiantseva ayant invoqué des raisons de santé et produit deux certificats médicaux. Le président de la 17e chambre avait alors prévenu qu’« il n’y aurait pas d’autre date ». Résidant aux États-Unis, le rappeur s’est fait représenter par son avocate, qui a plaidé la relaxe. En garde à vue, Booba avait déclaré ne pas se sentir « responsable d’une meute » après ses publications, évoquant du « charriage » et de l’humour.
L’audience a également examiné des messages visant l’essayiste Tristan Mendès France, spécialiste des cultures numériques à l’université Paris-Cité. Le parquet a requis 20 000 euros d’amende supplémentaires pour ce volet. Mendès France ne s’est pas constitué partie civile.
La décision sera rendue le 2 juin 2026. En vertu de l’article 222-33-2-2 du Code pénal, le cyberharcèlement aggravé est passible d’une peine maximale de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.



