AES - CEDEAO : pas de désescalade selon Ibrahim Traoré tant que les mentalités ne changent pas

Le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a déclaré jeudi 2 avril 2026 que tout apaisement régional demeurait impossible sans un changement profond des positions des États voisins membres de la CEDEAO. S’exprimant à la télévision nationale lors du premier anniversaire de la Révolution Progressiste Populaire, il a énuméré une série de griefs contre plusieurs gouvernements ouest-africains, rejetant toute perspective de détente à court terme.

Traoré a situé le début des tensions au moment de son arrivée au pouvoir. Selon lui, la Côte d’Ivoire aurait retiré unilatéralement tous ses élèves officiers et sous-officiers des académies militaires burkinabè sans justification préalable. Le Burkina Faso aurait répliqué en ramenant ses propres étudiants. « Nous n’avons provoqué personne, mais petit à petit nous avons observé des actes d’hostilité », a déclaré le chef d’État.

Il a ensuite ajouté : « On prend le Bénin et autres. Nous n’avons provoqué personne. Mais nous avons tous vu quand ils ont voulu transporter une guerre dans notre région. Le président Ouattara est sorti en disant qu’il allait envoyer un bataillon. Il a tout préparé et tout.» Traoré a indiqué que le Burkina Faso attendait toujours un déploiement militaire annoncé depuis plusieurs mois.

Publicité

La question de l’indépendance politique

Le président burkinabè a formulé des accusations directes envers certains voisins en raison de leurs liens avec Paris. Il a contrasté cette situation avec la politique de son gouvernement, fondée selon lui sur les besoins de sa population : eau, autosuffisance alimentaire, sécurité et développement des infrastructures.

Traoré a affirmé que certains dirigeants régionaux rendaient visite régulièrement à Paris pour « prendre des ordres ». « Personne ne nous dicte ce que nous devons faire », a-t-il déclaré, tout en qualifiant le terrorisme de « manifestation de l’impérialisme ».

Un cadre de rupture institutionnelle

Ces déclarations interviennent plus d’une année après le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO le 29 janvier 2025. Les trois États ont formé la Confédération des États du Sahel (AES) en juillet 2024, d’abord en réaction aux menaces d’intervention militaire de la CEDEAO après les coups d’État successifs dans la région.

Depuis, la CEDEAO a entrepris plusieurs tentatives de dialogue. Le 25 mars 2026, l’organisation a nommé Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, comme négociateur en chef pour conduire des discussions avec les trois États sahéliens. Aucun résultat tangible n’a toutefois émergé de ces démarches. Le président Traoré a implicitement écarté la perspective d’une médiation en affirmant que l’absence de changement des mentalités gouvernait toute évolution des relations régionales.

Selon lui, une véritable désescalade supposerait que les gouvernements des États voisins cessent de suivre les directives étrangères et recentrent leurs politiques sur leurs populations respectives plutôt que sur des intérêts externes. Aucun communiqué officiel de l’organisation régionale ni de ses capitales interpellées n’a été rapporté.

Laisser un commentaire