C’est la douche froide pour les ménages béninois et les acteurs du BTP. Depuis quelques semaines, le prix de la tonne de ciment connaît une hausse vertigineuse et incontrôlée sur l’ensemble du territoire national. Dans plusieurs localités, la tonne se négocie désormais entre 100 000 et 120 000 FCFA, propulsant le prix du sac de 50 kg entre 5 000 et 6 000 FCFA. Une situation inédite qui installe le désarroi chez les citoyens pour qui la construction d’un « chez-soi » est le symbole ultime de la réussite sociale.
Ce qui choque le plus l’opinion publique, c’est le décalage flagrant entre les prix pratiqués chez les détaillants et les tarifs officiels des cimenteries. À ce jour, aucune des grandes usines installées au Bénin (SCB-Lafarge, NOCIBE ou CIMBÉNIN) n’a officiellement communiqué sur une augmentation du prix de cession à la sortie d’usine.
Dès lors, comment expliquer cette envolée des prix ? Les regards se tournent vers le réseau de distribution. Selon certains analystes, une « pénurie artificielle » pourrait être orchestrée par des spéculateurs de l’ombre. En stockant le produit pour créer une rareté sur le marché, ces intermédiaires font grimper les enchères, prenant en otage les consommateurs finaux.
Le rêve de la propriété immobilière en péril
Au Bénin, la terre et le béton ont une valeur quasi sacrée. « Avoir sa propre maison » n’est pas seulement un besoin de logement, c’est un marqueur de dignité. Avec un sac de ciment qui flirte avec les 6 000 FCFA, de nombreux chantiers de particuliers sont aujourd’hui à l’arrêt.
« J’ai économisé sou par sou pour monter mes murs, mais là, c’est devenu impossible. À ce prix-là, le ciment devient un produit de luxe alors que c’est une nécessité de base », s’indigne un père de famille rencontré sur un chantier à Abomey-Calavi. Pour la classe moyenne et les plus démunis, le rêve de devenir propriétaire s’éloigne à vue d’œil.
Le silence pesant des autorités
Face à cette « flambée record », le manque d’explications publiques de la part des autorités compétentes laisse place aux spéculations et aux inquiétudes. Les populations se demandent si elles sont abandonnées à leur triste sort face à la dictature des commerçants. Pourquoi les contrôles de prix ne sont-ils pas intensifiés pour traquer les spéculateurs ? Pourquoi aucune communication officielle n’est venue rassurer le consommateur ou clarifier la situation de l’approvisionnement national ?
La crise du ciment n’est pas qu’une question économique ; c’est une urgence sociale. Entre la vérification des stocks dans les dépôts et la régulation stricte des marges des distributeurs, des mesures fortes doivent être prises pour ramener le prix du ciment à des proportions raisonnables. Car au Bénin, freiner la construction, c’est freiner l’espoir de millions de familles de se bâtir un avenir sous leur propre toit.


