Un rapport de 83 pages publié mardi 26 mai 2026 par l’ONG Human Rights Watch (HRW) établit qu’une société de sécurité basée à Abou Dhabi, la Global Security Services Group (GSSG), aurait recruté des centaines d’anciens militaires colombiens et les aurait déployés au Soudan pour combattre aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR) — paramilitaires accusés de crimes contre l’humanité et de génocide au Darfour.
Intitulé From Bogotá to El Fasher, le rapport documente une chaîne logistique opérationnelle depuis 2024 : les recrues colombiennes étaient d’abord acheminées vers les bases militaires émiraties de Ghiyathi et d’Al Wathba, dans la région d’Al Dhafra, à 250 kilomètres à l’ouest d’Abou Dhabi, pour y suivre une formation accélérée. Elles rejoignaient ensuite le Soudan via un réseau de sociétés-écrans et plusieurs pays de transit, dont le Tchad. GSSG figure dans les archives d’HRW comme cliente des ministères émiratis des Affaires présidentielles, des Affaires étrangères et de l’Intérieur — références depuis supprimées de son site web.
Des contractants présents lors des massacres d’El-Facher
HRW a géolocalisé des vidéos montrant des contractants militaires privés combattant à El-Facher, capitale du Darfour-Nord, lors de sa prise par les FSR en octobre 2025 — offensive au cours de laquelle plus de 6 000 civils auraient été tués en trois jours, selon le Bureau des droits de l’homme des Nations unies. Six résidents de la ville ont confirmé à HRW avoir aperçu des combattants qu’ils identifiaient comme colombiens pendant les exactions. Un contractant interrogé par l’ONG a déclaré avoir formé des recrues des FSR aux environs de Nyala, en précisant que nombre d’entre elles étaient des enfants.
Des munitions fabriquées en Serbie et en Bulgarie, mais achetées par les forces armées émiraties, ont été saisies après la capture de plusieurs mercenaires colombiens sur le sol soudanais, selon le même rapport.
Un réseau déjà sanctionné par Washington, l’Europe muette
En décembre 2025, le département du Trésor américain avait sanctionné quatre individus et quatre sociétés colombiennes gravitant autour d’Alvaro Andres Quijano Becerra, ancien militaire colombien résidant aux Émirats arabes unis et fondateur de la société A4SI, identifiée comme intermédiaire dans ce dispositif de recrutement. Ces sanctions visaient le réseau colombien, non les autorités émiraties.
Les Émirats nient toute implication. « Nous rejetons catégoriquement toute affirmation selon laquelle nous fournirions quelque forme de soutien à l’une ou l’autre des parties belligérantes », a déclaré le ministère émirati des Affaires étrangères en réponse à l’Associated Press.
HRW appelle le Royaume-Uni, les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union africaine à exiger publiquement d’Abou Dhabi la cessation de toute assistance — armements, personnel, financement — aux FSR. Aucun gouvernement occidental n’avait officiellement réagi au rapport au moment de la publication de cet article.
