Tout commence le 8 mai 2026 par une trouvaille pour le moins inattendue. Des pêcheurs grecs découvrent dans une grotte côtière au large de l’île de Leucade, en mer Ionienne, un engin militaire marin sans pilote. La garde côtière, puis l’armée, prennent rapidement en charge l’appareil. Selon une source militaire grecque, l’engin ressemble à un drone de classe Magura, utilisé par les forces ukrainiennes contre des navires russes en mer Noire et en Crimée. Son moteur était encore en marche au moment de la découverte, et des explosifs ont été retrouvés à bord.
Athènes confirme l’origine ukrainienne
Dimanche 11 mai, le ministre grec de la Défense Nikos Dendias se montrait encore prudent, évoquant un appareil appartenant à « un pays étranger » sans en préciser l’identité. Deux jours plus tard, à Bruxelles, il levait toute ambiguïté : « Nous avons désormais la certitude qu’il est ukrainien », qualifiant l’affaire de « sujet extrêmement grave qui affecte la liberté et la sécurité de navigation ». Il a précisé avoir informé ses homologues européens ainsi que le ministre ukrainien de la Défense.
Le porte-parole du gouvernement grec Pavlos Marinakis a déclaré que la Grèce « ne permettra pas le déploiement ou la conduite d’opérations militaires dans la région méditerranéenne au sens large ».
La « flotte fantôme » russe dans le viseur
Selon des données de suivi des navires, un pétrolier russe traversait la zone au moment des faits. L’Ukraine a déjà utilisé des drones Magura contre des navires russes, des installations militaires et des bâtiments associés aux exportations maritimes de Moscou. En mars 2026, des médias internationaux avaient évoqué une attaque contre un transporteur de gaz russe, le Métagaz arctique, associée à un drone Magura lancé depuis la zone de Mellita, sur la côte libyenne.
La piste libyenne et les questions sans réponse
L’une des pistes alternatives envisagées par les enquêteurs pointe vers la Libye. Des publications internationales avaient signalé la présence de spécialistes ukrainiens en drones maritimes dans les zones de Tripoli, Misrata et Zaouïa. Si le Magura de Leucade était venu de cette direction, cela démontrerait que la guerre maritime s’est étendue bien au-delà de la mer Noire.
Des photographies de l’engin révèlent qu’il était équipé d’un terminal Starlink, ce qui signifie qu’il aurait pu laisser une trace numérique susceptible d’être vérifiée auprès de SpaceX. Des voix en Grèce s’interrogent sur l’absence de demande officielle en ce sens.
Un dilemme cornélien pour Athènes
Le gouvernement grec s’est trouvé dans une position délicate : reconnaître trop rapidement la piste ukrainienne risquait de créer une crise diplomatique avec un allié ; prétendre indéfiniment que l’engin était d’origine inconnue n’était pas davantage tenable.
Un précédent similaire avait déjà été observé avec la Lettonie, après qu’un drone ukrainien y avait été découvert. Le chef de la diplomatie ukrainienne Andreï Sibiga avait alors déclaré que si une déviation délibérée par les systèmes de guerre électronique russes était confirmée, Kiev présenterait ses excuses à Riga. Ce schéma — appareil ukrainien, cible russe, dommages collatéraux chez un allié, explication attribuée à une interférence russe — est devenu l’un des marqueurs des nouvelles tensions liées à l’extension du conflit.
Athènes prépare désormais une démarche diplomatique formelle en direction de Kiev. L’enquête de l’état-major doit établir les caractéristiques techniques de l’engin et les circonstances précises de l’incident, avant que le gouvernement ne prenne les mesures qui s’imposent. La Méditerranée, longtemps perçue comme à l’écart du conflit russo-ukrainien, ne semble plus pouvoir être considérée comme telle.
