Découvert en 2021 au large des côtes ivoiriennes, le gisement Baleine s’impose progressivement comme l’un des projets énergétiques les plus structurants du pays. Derrière les perspectives de production pétrolière, le projet soulève une question plus large : dans quelle mesure cette nouvelle ressource peut-elle soutenir les ambitions énergétiques et industrielles de la Côte d’Ivoire ?
De la découverte à l’entrée dans une nouvelle phase
Lorsque le groupe italien Eni annonce la découverte de Baleine en septembre 2021, l’événement marque un tournant pour le secteur énergétique ivoirien. Situé en eaux profondes, le gisement est développé en partenariat avec PETROCI, la compagnie pétrolière nationale. Après une première phase de production en 2023, un nouveau cap est franchi fin 2024 avec le démarrage de la phase 2 ; la production est ainsi portée à environ 60 000 barils de pétrole par jour et 70 millions de pieds cubes de gaz naturel quotidiennement, selon Eni.
Au-delà des volumes, la rapidité du calendrier pour un gisement offshore de cette ampleur – moins de quatre ans se sont écoulés entre la découverte du gisement et l’exploitation industrielle de sa deuxième phase – témoigne de l’importance stratégique accordée au projet. En effet, si Baleine est souvent présenté comme une découverte pétrolière majeure, son intérêt dépasse la seule extraction d’hydrocarbures.
Le gaz, un levier pour la sécurité énergétique
Le volet gazier du projet pourrait ainsi s’avérer tout aussi déterminant que le pétrole ; la Côte d’Ivoire produisant déjà l’essentiel de son électricité à partir du gaz naturel. Dans un contexte de croissance démographique soutenue, d’urbanisation rapide et de développement industriel, l’enjeu de l’approvisionnement énergétique devient central. Dédiés à la sécurisation de l’alimentation des centrales électriques, les volumes supplémentaires issus du gisement Baleine pourraient, en conséquence, contribuer au soutien de l’activité économique nationale.
Une réalité que l’on retrouve également au Ghana, au Sénégal ou encore au Bénin où les questions d’approvisionnement énergétique demeurent étroitement liées aux perspectives de développement industriel. Loin d’être l’unique garantie de la transformation économique d’un pays, l’énergie n’en reste pas moins l’une des conditions essentielles.
Un défi d’autant plus critique que la Côte d’Ivoire s’est progressivement imposée comme l’un des principaux producteurs d’électricité d’Afrique de l’Ouest. Une partie de cette production est exportée vers des pays voisins dans le cadre des interconnexions régionales. De fait, renforcer les ressources gazières du pays revient aussi à consolider son rôle dans l’équilibre énergétique sous-régional.
Une montée en puissance stratégique
Alors que le projet Baleine vient d’entrer, fin mai 2026, dans la phase 3 de son développement, cette nouvelle étape doit porter la production à 150 000 barils de pétrole par jour et 200 millions de pieds cubes de gaz.
Un changement d’échelle majeur qui, s’il est couronné de succès, permettrait à la Côte d’Ivoire de renforcer sa position parmi les producteurs d’hydrocarbures d’Afrique de l’Ouest. À défaut de passer devant le Nigéria, premier producteur pétrolier du continent, cette évolution renforcerait toutefois l’attractivité du secteur énergétique ivoirien. La capacité de la nation éburnéenne à démontrer l’existence de réserves exploitables et à garantir la stabilité d’un cadre de production constituent des facteurs déterminants dans les décisions d’investissement. Néanmoins, l’enjeu ne se limite pas aux volumes extraits ; l’autre priorité, et non des moindres, réside dans l’utilisation de cette nouvelle capacité énergétique afin d’en maximiser l’impact sur le reste de l’économie.
Plus qu’un projet pétrolier, un test pour la stratégie économique ivoirienne
En Afrique comme ailleurs, l’abondance de pétrole ou de gaz n’a pas toujours suffi à diversifier les économies ni à créer davantage de valeur localement. Convertir cette richesse en infrastructures et en activités productives capables de soutenir la croissance sur le long terme constitue – au travers du gisement Baleine – le véritable défi de la Côte d’Ivoire.
Cette interrogation rejoint d’ailleurs d’autres chantiers engagés par le pays, qu’il s’agisse du développement des infrastructures portuaires, de l’amélioration du réseau électrique ou de la transformation locale des matières premières agricoles. Dans chaque cas, l’objectif est le même : convertir un avantage économique en levier de développement pérenne.
