Drones militaires : la Russie visée dans une affaire d'espionnage industriel en France

Un homme de 48 ans, né en Biélorussie et résidant en Espagne, a été mis en examen et placé en détention provisoire début juin pour avoir espionné un fabricant français de drones au profit de la Russie. Le parquet de Paris a confirmé l’information le 19 juin, après une révélation du quotidien Le Parisien.

Une arrestation en flagrant délit de filmage

Le suspect a été interpellé le 3 juin alors qu’il filmait un prototype de drone produit par une entreprise qui fournit les armées française et ukrainienne, a précisé le parquet de Paris. Selon les éléments transmis par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), il aurait transmis cette vidéo à un interlocuteur basé en Russie. Une source proche du dossier a indiqué que le site visé était l’usine du fabricant Delair, implantée près de Toulouse.

Cette usine avait déjà fait l’objet d’une tentative d’intimidation deux jours avant l’arrestation : des cocktails Molotov y auraient été lancés sans exploser, selon la même source. Le lien entre cet incident et l’interpellation du suspect n’a pas été établi formellement par les autorités.

Une instruction ouverte pour atteinte aux intérêts de la Nation

Deux jours après l’arrestation, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire confiée à un juge d’instruction, pour plusieurs atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation. L’homme est mis en examen pour avoir livré des informations à une puissance étrangère — un crime passible de 15 ans de détention — ainsi que pour association de malfaiteurs, a précisé le parquet.

Une menace que les autorités françaises jugent persistante

La Direction générale de la Sécurité intérieure considère que les entreprises françaises actives dans les secteurs économique, énergétique, militaire ou stratégique restent des cibles privilégiées pour des services de renseignement étrangers. L’agence mène des actions de sensibilisation auprès des acteurs économiques susceptibles d’être visés par ce type de tentatives de captation d’informations.

L’instruction judiciaire ouverte par le parquet de Paris doit désormais se poursuivre sous la responsabilité du juge d’instruction saisi du dossier, qui déterminera les suites de la procédure visant le suspect actuellement détenu.

Un parquet mobilisé sur plusieurs fronts d’ingérence

Le parquet de Paris est chargé, plus largement, d’instruire l’ensemble des soupçons d’ingérences étrangères constatés sur le territoire français, et ce dossier s’ajoute à une liste de procédures rendues publiques au cours des derniers mois. En février, quatre personnes, dont deux ressortissants chinois interpellés fin janvier en Gironde, avaient été mises en examen pour espionnage présumé au profit de Pékin. Une enquête distincte avait également été ouverte fin décembre après la découverte d’un boîtier espion à bord d’un ferry italien ayant fait escale en France, susceptible de permettre une prise de contrôle à distance du navire. Ces affaires, bien que sans lien établi entre elles, montrent la diversité des méthodes que les autorités françaises disent observer dans les tentatives d’ingérence visant le pays.

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