Le Ghana a ouvert ce mercredi 17 juin un sommet international consacré aux réparations liées à l’esclavage et au colonialisme. Réunis à Accra pour trois jours, ministres, chercheurs et représentants de la société civile doivent être rejoints jeudi et vendredi par plusieurs chefs d’État, selon le gouvernement ghanéen.
Une première journée centrée sur les questions techniques
Les travaux de mercredi portent sur la définition d’un langage commun et sur les formes concrètes que pourraient prendre les réparations, qu’elles soient financières, symboliques ou patrimoniales. Selon le ministère ghanéen des Affaires étrangères, les discussions couvrent la restitution d’œuvres d’art, des programmes éducatifs, des excuses officielles et des investissements ciblés vers les pays ayant subi la traite. Le président John Mahama, qui porte ce dossier au nom de l’Union africaine, considère que la question dépasse la seule compensation et touche à la place du continent africain dans les institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies, où l’Afrique ne dispose toujours pas de siège permanent.
Une résolution onusienne comme point d’appui
Le sommet s’ouvre deux mois après l’adoption, le 25 mars 2026, d’une résolution portée par le Ghana devant l’Assemblée générale des Nations unies. Soutenu par 123 États membres, ce texte qualifie la traite transatlantique des Africains de crime le plus grave jamais commis contre l’humanité. Mahama avait défendu cette initiative dès le 15 février, lors du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, où il avait annoncé le dépôt du projet à l’ONU. Le Ghana indique agir en coordination avec plusieurs États africains et caribéens, dont la Communauté caribéenne (CARICOM), qui réclame depuis plus d’une décennie des réparations pour l’esclavage et la colonisation.
Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a résumé la position d’Accra en rappelant que le pays a constitué « la scène du crime » avant de devenir un possible lieu de « restauration et guérison ». Cette dimension mémorielle s’appuie sur le rôle historique du Ghana comme point de départ de nombreuses déportations vers les Amériques, ce qui en fait aujourd’hui une destination de pèlerinage pour une partie de la diaspora afro-descendante.
La France associée aux travaux
Une délégation française doit participer aux échanges, après les annonces faites par le président Emmanuel Macron à l’occasion du 25e anniversaire de la loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Le chef de l’État français avait soutenu l’abrogation symbolique du Code noir, le texte ayant encadré l’esclavage dans les colonies françaises. Accra et Paris travailleraient à la mise en place d’une commission scientifique commune, sans qu’un calendrier précis n’ait encore été communiqué.
Plusieurs pays européens et nord-américains n’ont pour leur part présenté aucune excuse officielle pour leur rôle dans la traite, un point que des chercheurs présents à Accra, dont Samuel Okyere, identifient comme un obstacle aux discussions. Ce spécialiste des héritages de l’esclavage appelle à ce que le sommet débouche sur une feuille de route assortie d’objectifs chiffrés et de mécanismes de suivi, pour éviter qu’il ne reste sans suite concrète.
Les chefs d’État doivent prendre part aux sessions de jeudi et vendredi, avant la clôture du sommet prévue le 19 juin. Le Ghana entend faire de cette échéance un point de bascule entre la reconnaissance obtenue à l’ONU en mars et l’ouverture de négociations concrètes sur les réparations.
