Crise Algérie-Mali : un troisième geste d'apaisement d'Alger en dix semaines

Trois signaux distincts en dix semaines dessinent une trajectoire diplomatique inhabituelle. L’Algérie a décidé, à compter de ce vendredi 10 juillet, de rouvrir entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne, a annoncé le ministère de la Défense nationale (MDN). Cette mesure, fermée depuis avril 2025, s’ajoute à deux prises de parole antérieures d’Alger en direction de Bamako.

Une séquence de gestes unilatéraux depuis fin avril

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait ouvert cette séquence fin avril 2026 en réaffirmant le soutien de l’Algérie à l’unité territoriale et institutionnelle du Mali. Le 2 mai, le président Abdelmadjid Tebboune avait prolongé ce signal lors d’un entretien télévisé, affirmant s’exprimer « avec le cœur » et proposant une médiation algérienne si Bamako en formulait la demande. Il avait alors distingué le général Assimi Goïta, qu’il dit n’avoir jamais personnellement insulté l’Algérie, de son entourage gouvernemental, jugé responsable de la dégradation des relations bilatérales.

Aucune de ces initiatives n’a pour l’heure reçu de réponse officielle équivalente de la part des autorités maliennes. Le Mali a durci sa position quasiment au même moment : il a quitté, le 2 mai 2026, le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOG), structure antiterroriste basée à Tamanrasset et active depuis quinze ans avec la Mauritanie et le Niger. Bamako avait également dénoncé l’Accord d’Alger de 2015, dont l’Algérie était le principal garant.

Une fermeture aérienne héritée d’un incident frontalier

La mesure levée ce vendredi remontait à la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, près de Tinzaouatène, à la frontière entre les deux pays. Alger avait justifié son intervention par une violation de son espace aérien, une version contestée par Bamako, qui affirmait que l’appareil avait été abattu au-dessus de son propre territoire. Le Mali avait répliqué en fermant son ciel aux aéronefs civils et militaires algériens, rejoint dans cette démarche par Ouagadougou et Niamey. Bamako avait ensuite saisi la Cour internationale de justice en septembre 2025 ; la CIJ n’a rien accordé au Mali, l’Algérie ayant refusé de se soumettre à la procédure.

Un dégel encore incertain côté malien

Aucune annonce n’a pour l’heure été formulée par Bamako pour lever sa propre fermeture aérienne, en vigueur depuis avril 2025 au nom de la réciprocité. Cette asymétrie fait écho au dégel déjà engagé par Alger avec ses deux autres voisins de l’Alliance des États du Sahel : le 12 février 2026, l’ambassadeur nigérien avait repris ses fonctions à Alger, suivi d’une visite d’État du président Abdourahmane Tiani les 15 et 16 février. Avec le Burkina Faso, des accords sur les hydrocarbures et les mines avaient également été signés au même moment. Le Mali reste, des trois pays de l’AES, celui dont la relation avec Alger demeure la plus tendue.

Aucune date n’a été communiquée par le ministère malien des Transports pour un éventuel réalignement de sa réglementation aérienne à l’égard des vols algériens.

1 réflexion au sujet de “Crise Algérie-Mali : un troisième geste d'apaisement d'Alger en dix semaines”

  1. Si quelqu’un fait le mort, faites semblant de l’enterrer, dit-on chez certains peuples du sud Bénin.

    Que le Mali fasse semblant de faire la paix avec l’Algérie pour détendre les relations bilatérales, économiques essentiellement (produits pétroliers, produits alimentaires pour l’approvisionnement du nord Mali), tout en restant fermement sur ses gardes sur le plan sécuritaire.

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