Escroquerie sentimentale : l'influenceur ghanéen Abu Trica extradé aux USA pour une affaire de 8 millions $

Un vol transatlantique met fin à sept mois de bataille judiciaire. Frederick Kumi, influenceur ghanéen connu sous le pseudonyme Abu Trica, a été extradé du Ghana vers les États-Unis le jeudi 9 juillet 2026, à bord d’un vol Delta Air Lines, pour répondre d’accusations de fraude sentimentale ayant visé des citoyens américains âgés. Le préjudice allégué dépasse 8 millions de dollars, selon la justice américaine.

Une arrestation transformée en fuite précipitée vers New York

Originaire de Swedru, dans la région centrale du Ghana, Kumi avait été arrêté en décembre 2025 lors d’une opération conjointe entre la police ghanéenne et le FBI. Remis en liberté sous caution par la Haute Cour d’Accra en avril 2026, contre une garantie de 30 millions de cedis, il faisait encore l’objet d’une procédure d’appel lorsque son transfert vers les autorités américaines a été exécuté. Son avocat, Oliver Barker-Vormawor, affirme avoir tenté in extremis de faire suspendre la procédure devant le tribunal, avant d’apprendre que son client avait déjà quitté le territoire. Il dénonce une manœuvre contournant le contrôle judiciaire, évoquant des « questions constitutionnelles profondes ».

L’influenceur, qui revendiquait plus de 100 000 abonnés sur Instagram et affichait volontiers voitures de luxe et biens coûteux, avait vu sa fortune interroger l’opinion publique bien avant son arrestation. Un désaccord persiste également sur son âge exact, sa défense évoquant 28 ans quand l’accusation américaine retient 31 ans.

Un réseau accusé d’avoir exploité l’intelligence artificielle

Selon les procureurs américains, Kumi aurait participé à un réseau structuré utilisant des outils d’intelligence artificielle pour fabriquer de fausses identités numériques. Les victimes potentielles étaient approchées via les réseaux sociaux et les plateformes de rencontre, où des échanges prolongés visaient à instaurer une relation de confiance avant de solliciter des versements sous des prétextes variés : urgences médicales, frais de voyage ou opportunités d’investissement. Les fonds ainsi obtenus auraient ensuite été redistribués entre complices basés au Ghana et dans d’autres juridictions.

La procédure s’inscrit dans le cadre de l’Elder Abuse Prevention and Prosecution Act, un dispositif fédéral américain destiné à durcir la répression des réseaux de fraude ciblant spécifiquement les personnes âgées. Kumi doit répondre de charges de conspiration en vue de commettre une fraude électronique et de blanchiment d’argent, des infractions passibles d’une peine maximale de 20 ans de réclusion. Il nie l’intégralité des faits reprochés.

Cette affaire s’ajoute à une série de poursuites récentes visant des ressortissants ouest-africains dans des dossiers similaires. La semaine précédente, un autre Ghanéen, Joseph Kwadwo Badu Boateng, alias Dada Joe Remix, avait plaidé coupable aux États-Unis pour des faits de fraude sentimentale et successorale. En décembre 2025, le Nigérian Oluwaseun Adekoya avait quant à lui été condamné à 20 ans de prison pour blanchiment de plus de 2 millions de dollars issus d’un réseau de fraude bancaire.

Abu Trica doit comparaître prochainement devant un tribunal fédéral américain, où les chefs d’accusation retenus contre lui lui seront formellement notifiés.

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