Frappes sur Abha : la trêve Yémen - Arabie saoudite menacée après la guerre iranienne

Quatre années de calme précaire volent en éclats sur la frontière sud de l’Arabie saoudite. Les Houthis ont tiré des missiles balistiques et des drones contre l’aéroport international d’Abha, dans la région saoudienne d’Assir, lundi 13 juillet, rompant une trêve informelle en vigueur depuis mars 2022. La coalition militaire dirigée par Ryad affirme avoir intercepté les projectiles ; aucune victime n’a été signalée.

L’escalade trouve son origine dans un différend autour de l’aéroport de Sanaa, contrôlé par le mouvement rebelle depuis 2014. Le gouvernement yéménite reconnu internationalement a revendiqué une frappe sur la piste de cet aéroport, affirmant vouloir empêcher l’atterrissage d’un second avion iranien transportant une délégation houthie revenue des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, décédé début juillet. L’appareil s’est finalement posé à Hodeïda, sur la côte de la mer Rouge.

Une trêve déclarée caduque par les Houthis

Les rebelles ont aussitôt attribué cette frappe à l’Arabie saoudite et annoncé la fin de leur « phase de désescalade » avec le royaume. Le porte-parole militaire houthi, le général de brigade Yahya Saree, a averti sur Telegram les compagnies aériennes de ne plus survoler l’espace saoudien, une mise en garde à prendre « au sérieux tant que le blocus de l’aéroport international de Sanaa ne sera pas levé ».

Le porte-parole de la coalition militaire dirigée par Ryad, le général de division Turki al-Malki, a indiqué sur X que le dispositif antimissile saoudien avait intercepté des tirs balistiques houthis dirigés vers le sud du royaume, sans donner davantage de détails. Le chef du Conseil présidentiel de direction yéménite, Rachad al-Alimi, a pour sa part ordonné que l’ampleur de la confrontation ne soit pas élargie, selon des propos rapportés par la presse économique régionale.

L’agence de presse liée aux autorités de Sanaa a de son côté publié un communiqué des « Forces armées yéménites », affirmant que l’opération contre Abha constituait une réponse à une agression saoudienne survenue précisément à 13h54 lundi contre l’aéroport de la capitale yéménite.

L’ONU redoute un basculement vers un conflit généralisé

Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence lundi après-midi. Le sous-secrétaire général de l’ONU aux affaires politiques, Khaled Khiari, a averti les quinze membres du Conseil que « le Yémen et la région plus large ne peuvent pas se permettre un nouveau cycle d’escalade », appelant l’ensemble des acteurs à s’engager de manière constructive dans des négociations sous l’égide onusienne.

L’ambassadeur du Bahreïn auprès de l’ONU, Jamal Alrowaiei, a accusé l’Iran d’attiser les tensions régionales par des attaques répétées contre les États du Golfe et par le maintien de la fermeture du détroit d’Ormuz. Il a qualifié les menaces houthies de fermer le détroit de Bab al-Mandeb de violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité. L’ambassadeur yéménite auprès de l’ONU, Abdallah al-Saadi, a accusé Téhéran d’avoir violé la souveraineté yéménite en faisant atterrir un vol non autorisé à Sanaa, évoquant du personnel et du matériel à double usage à bord.

Un accord d’échange de prisonniers entre les Houthis et le gouvernement yéménite, négocié de longue date sous l’égide du Comité international de la Croix-Rouge, se trouve également au point mort, les rebelles ayant reporté sa mise en œuvre sans nouvelle échéance annoncée.

Selon l’International Crisis Group, la trêve de 2022 pourrait s’effondrer si le mouvement houthi décidait d’inclure durablement l’Arabie saoudite parmi ses cibles militaires, une option jusqu’ici écartée malgré son engagement dans la guerre israélo-iranienne depuis février. L’Atlantic Council souligne pour sa part que le royaume dépend désormais davantage de ses installations en mer Rouge pour ses exportations pétrolières, le détroit d’Ormuz restant fortement perturbé — ce qui ferait de toute attaque houthie contre cette voie maritime une ligne rouge susceptible de déclencher une riposte militaire saoudienne directe.

Le Conseil de sécurité doit suivre l’évolution de la situation dans les prochains jours, tandis que les tractations entre Ryad, les Houthis et l’émissaire de l’ONU pour le Yémen restent suspendues, faute de nouvelle date de reprise annoncée.

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