Freyja : l'intercepteur voulu par Zelensky pour l'Europe cinq fois moins cher que le Patriot américain

Un missile capable d’intercepter une cible balistique pour environ 700 000 dollars, contre près de 3,8 millions pour un Patriot PAC-3 : c’est ce qu’a dévoilé l’entreprise ukrainienne Fire Point le 13 juillet à Paris, en marge du sommet de la « Coalition des volontaires ». Cette annonce coïncide avec la création officielle d’une coalition à dix pays chargée de développer le système antimissile Freyja.

Réunis à l’Hôtel des Invalides, les dirigeants de l’Ukraine, du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni ont formé l' »Integrated Anti-Ballistic Missile Coalition ». Leur objectif : accélérer la production du système Freyja et le rendre opérationnel dès 2027.

Un vol test qui fait sortir le projet du stade conceptuel

Ce que Fire Point présente d’abord, c’est la preuve du concept : un vol test entièrement maîtrisé, avec correction de trajectoire en cours de route — la capacité de base recherchée pour tout intercepteur antibalistique. Le FP-7.x en tire sa vitesse de pointe, jusqu’à 2 000 mètres par seconde, presque équivalente à celle de l’Iskander-M russe qu’il doit neutraliser. Sa carlingue en fibre de carbone lui permet de viser des cibles jusqu’à 20 kilomètres d’altitude, en phase terminale de vol.

Son atout principal reste économique. Alors que Kiev épuise ses stocks face aux tirs quotidiens de missiles russes, Fire Point mise sur un coût unitaire inférieur d’environ cinq fois à celui du Patriot américain, seul système ayant fait ses preuves jusqu’ici contre les tirs balistiques russes. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a comparé ce projet à un montage « Lego », assemblant les savoir-faire de plusieurs industriels européens pour produire plus vite et à moindre coût.

Une architecture assemblée à plusieurs mains

Plutôt que de tout produire en interne, Fire Point mise sur une intégration de composants déjà existants ailleurs en Europe. Le guidage terminal reviendrait à l’autodirecteur allemand de Diehl Defence ; la détection longue portée pourrait s’appuyer, selon les partenariats en discussion, sur les radars suédois Saab ou allemands Hensoldt ; le pilotage de l’ensemble serait confié au centre de commandement norvégien Kongsberg. D’autres groupes, dont ThalesLeonardoMBDAEurosamSenerSafran et Destinus, participent aux discussions autour du projet.

Fire Point, initiateur du projet, agit comme maître d’œuvre pour le missile et son lanceur. L’entreprise, à l’origine surtout connue pour ses drones FP-1 — crédités d’environ 60 % des frappes ukrainiennes en profondeur sur le sol russe —, élargit ainsi son activité vers la défense antimissile.

Un calendrier encore incertain

Si le premier essai d’interception réel est annoncé pour fin 2027, des experts en défense restent prudents sur la tenue de ce calendrier, jugé optimiste au regard de la complexité d’intégration entre les différents systèmes nationaux. Cette officialisation intervient alors que Washington a par ailleurs autorisé Kiev à produire des Patriot sur son propre sol, et que Paris a annoncé la livraison de nouveaux systèmes SAMP/T ainsi que des licences de fabrication pour les missiles ASTER et SCALP.

À titre de comparaison historique, le développement du Patriot américain avait nécessité près d’une décennie avant sa mise en service opérationnelle — un délai que Freyja, assemblé à partir de composants déjà existants en Europe, ambitionne de réduire drastiquement.

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