GNL : la Russie propose son aide au Mozambique pour sécuriser ses projets

Huit ans après le début de l’insurrection, Cabo Delgado retient toujours son souffle. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en visite à Maputo jeudi 9 juillet, a proposé le soutien de Moscou contre la menace islamiste qui pèse sur cette province mozambicaine riche en gaz, selon les médias d’État russes présents lors d’une conférence de presse conjointe avec le président Daniel Chapo.

« La Russie est prête à répondre à une demande de nos amis mozambicains concernant le soutien que nous pouvons apporter pour éliminer la menace terroriste », a déclaré le chef de la diplomatie russe, précisant que cette assistance pourrait prendre la forme d’une formation de personnels ainsi que d’une fourniture d’armes et d’équipements.

Cabo Delgado, verrou stratégique pour les géants du gaz

La province a basculé en quelques années d’un statut de région parmi les plus pauvres du Mozambique à celui de l’une des zones énergétiques les plus surveillées de la planète. Elle chapeaute le bassin du Rovuma, l’une des plus importantes découvertes de gaz naturel offshore recensées depuis vingt ans, qui a attiré des majors comme TotalEnergies, ExxonMobil et Eni. L’insurrection, qui a fait basculer la région dans la violence dès 2017, a forcé TotalEnergies à suspendre en 2021 son projet de GNL à hauteur de 20 milliards de dollars après une attaque djihadiste sur la ville de Palma, un chantier que le groupe français n’a relancé qu’en 2024 après le retour d’un semblant de stabilité sécuritaire dans la zone. C’est dans ce cadre que Lavrov et Chapo ont également abordé le commerce bilatéral, la coopération économique et les plans de modernisation du pays, en vue de la prochaine Commission intergouvernementale Russie-Mozambique.

Une diplomatie sécuritaire déjà déployée du Sahel à Madagascar

L’offre faite à Maputo prolonge une stratégie que Moscou déploie depuis plusieurs années sur le continent. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, réunis dans l’Alliance des États du Sahel, la Russie a confirmé le 8 juillet à Niamey, par la voix de Lavrov lui-même, sa volonté de poursuivre le renforcement des capacités opérationnelles des armées locales, une coopération assurée sur le terrain par l’Africa Corps, héritier du groupe Wagner. À Madagascar, des instructeurs russes ont livré blindés BMP-3 et drones tout en formant la garde présidentielle. En République centrafricaine, la présence russe, initiée en 2018 en échange de concessions minières, s’est muée en dispositif de sécurité rapprochée du chef de l’État, tandis que le Togo a rejoint en 2025 la liste des pays sollicitant un appui sécuritaire et un partage de renseignement.

Le Mozambique constituerait ainsi un nouveau maillon de cette carte sécuritaire russe en Afrique, avec une particularité : un enjeu économique immédiat évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars d’investissements gaziers occidentaux, directement exposé à l’instabilité de Cabo Delgado.

Pour l’heure, aucune demande officielle d’aide militaire n’a été formulée par Maputo. La prochaine Commission intergouvernementale Russie-Mozambique, dont la date n’a pas encore été précisée, devrait permettre de clarifier les contours de cette éventuelle coopération sécuritaire.

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