Six jours de funérailles à peine achevés, le nouveau guide suprême iranien referme déjà la fenêtre diplomatique ouverte à Doha. Dans un message écrit daté de vendredi et diffusé samedi, Mojtaba Khamenei a présenté comme inéluctables les représailles à venir contre les responsables de la mort de son père, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février dans des frappes israélo-américaines. La déclaration intervient au lendemain de l’inhumation de son prédécesseur à Machhad et alors que le Qatar et le Pakistan s’efforcent de relancer les pourparlers indirects entre Téhéran et Washington.
Un message qui rompt le silence de quatre mois
C’est la première prise de parole publique de Mojtaba Khamenei depuis sa désignation comme guide suprême en mars. Il promet de venger le sang de son père et des victimes des deux guerres qui ont frappé le pays, qualifiant cette vengeance de volonté nationale appelée à se concrétiser. Le texte, largement consacré à un hommage à son père, contient un passage nettement plus offensif : Khamenei y justifie les frappes iraniennes contre les bases militaires étrangères présentes chez ses voisins, qu’il accuse d’avoir servi de point d’appui à l’agression américano-israélienne. Le nouveau dirigeant, âgé de 56 ans, n’était plus apparu publiquement depuis le début du conflit. Son silence prolongé avait nourri des interrogations sur son état de santé et sa localisation, jamais levées par les autorités iraniennes.
La médiation qatarie fragilisée
Le calendrier interroge. Les médiateurs qataris et pakistanais avaient annoncé que les discussions entre Téhéran et Washington reprendraient rapidement une fois les funérailles achevées. Une session de négociations techniques s’était tenue début juillet à Doha, avec des avancées jugées positives sur le protocole d’accord signé le 17 juin, portant notamment sur le déblocage d’avoirs iraniens gelés au Qatar. En prenant position publiquement pour la vengeance dès la fin du deuil national, le nouveau guide suprême complique la reprise de ces échanges, censés traiter des dossiers les plus sensibles : le détroit d’Ormuz et le programme nucléaire iranien.
Le président américain Donald Trump a de son côté déclaré vendredi que le cessez-le-feu était terminé, accusant l’Iran de chercher à faire assassiner ses dirigeants. Des échanges de frappes ont eu lieu cette semaine malgré la trêve signée à la mi-juin, ravivant les craintes d’une escalade généralisée dans la région.
Une légitimité à consolider
Pour les observateurs du dossier iranien, la portée du message dépasse la seule promesse de représailles. En s’exprimant pour la première fois en tant que guide suprême sur un sujet aussi sensible, Mojtaba Khamenei donne une caution institutionnelle à un discours de vengeance jusqu’alors porté par les foules et certains responsables, comme le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Cette prise de position publique intervient alors que sa légitimité, acquise en mars sans apparition publique depuis, reste encore à asseoir face à l’appareil sécuritaire et religieux iranien.
Selon les médias américains Axios et Politico, Washington aurait fixé à Téhéran un délai expirant samedi pour s’engager publiquement à ne plus attaquer de navires dans le détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial. La prochaine étape des pourparlers, promise par le Qatar et le Pakistan pour la période post-funérailles, doit désormais se tenir sous la pression de ce nouveau bras de fer verbal entre Téhéran et Washington.
