Trois robinets stratégiques se ferment coup sur coup sur un marché que personne ne sait remplir artificiellement. Le ministère chinois du Commerce et l’administration des douanes ont publié, le 10 juillet 2026, l’annonce n°29 interdisant temporairement toute exportation d’hélium (code douanier 2804290010), avec effet immédiat. Le texte, fondé sur la loi chinoise sur le commerce extérieur, ne précise ni motif ni exemption, et s’appliquerait donc à toutes les destinations sans distinction.
La mesure survient après que des frappes américaines de représailles ont visé cette semaine des cibles liées à l’Iran, en réponse à une attaque iranienne contre des navires marchands transitant par le détroit d’Ormuz — un nouvel épisode dans la reprise des hostilités qui ravive les craintes pour les livraisons du Golfe.
Une dépendance chinoise qui limite l’impact direct
Pékin ne pèse presque rien dans la production mondiale d’hélium, avec seulement 1,6 % du total selon l’US Geological Survey. En 2025, la Chine a importé 4 924 tonnes d’hélium pour une production domestique de seulement 827 tonnes, dont 54 % en provenance du Qatar et 44 % de Russie. Cory Combs, de Trivium China, estime qu’aucun pays ne dépendrait particulièrement des importations chinoises d’hélium.
L’urgence de la mesure s’expliquerait pourtant par un mouvement inverse : sur les cinq premiers mois de 2026, alors que les importations chinoises chutaient de plus de 10 % à cause du conflit iranien, les exportations chinoises d’hélium ont bondi de 32 % pour atteindre 409 tonnes, portées par une demande accrue de la Corée du Sud et de Taïwan cherchant à sécuriser leurs propres stocks. En 2024, la Chine exportait environ 788 tonnes d’hélium, principalement vers la Corée du Sud, Taïwan, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.
Une exposition inégale entre alliés asiatiques des États-Unis
L’analyse la plus fine de l’impact régional vient d’experts taïwanais cités par le service chinois de Voice of America. Le Japon apparaîtrait relativement protégé, environ 50 % de son hélium provenant des États-Unis et 28 à 33 % du Qatar. La Corée du Sud serait la plus exposée : 64,7 % de ses importations d’hélium dépendaient du Qatar en 2025. Taïwan disposerait quant à elle d’un stock de un mois et demi à trois mois, suffisant à court terme, mais les experts appellent l’île à diversifier ses sources hors Moyen-Orient et hors Chine.
Un chercheur cité par VOA souligne un effet de contagion possible : si la production de puces à Taïwan, en Corée du Sud et au Japon venait à souffrir d’une pénurie d’hélium, les États-Unis en ressentiraient rapidement les effets, ces trois pays fabriquant l’essentiel des semi-conducteurs avancés dont dépend l’industrie américaine.
Un marché déjà fragilisé par trois chocs successifs
La décision chinoise s’ajoute aux frappes iraniennes de mars 2026 sur le complexe gazier qatari de Ras Laffan, qui avaient immobilisé 27 à 30 % de l’offre mondiale, et aux restrictions russes en vigueur depuis avril 2026 jusqu’à fin 2027. Les prix de l’hélium ont grimpé de 40 à 100 % entre mars et juin, et les prix contractuels de la mémoire DRAM ont progressé de 90 % au deuxième trimestre.
Pour les fabricants occidentaux comme Intel, TSMC ou Samsung, l’hélium ne représenterait qu’une part marginale du coût d’une puce, et les grandes usines disposeraient de stocks diversifiés. Le PDG d’Intel, Lip-Bu Tan, avait toutefois averti dès juin que la fabrication de puces pour l’intelligence artificielle consommerait bientôt plus d’hélium que tous les autres usages industriels combinés — la microélectronique en absorbant déjà 25 % au niveau mondial, contre 30 % projetés d’ici 2030. Pékin n’a fixé aucune date de levée à cette interdiction temporaire.
